Sœur Louis Fernande, née Marie-Thérèse Voegtli


Marie-Thérèse Voegtli (photo Guy Frank, 10 octobre 2006)

Actuellement, la petite Communauté des Sœurs du Très-Saint Sauveur installée 18 rue Roesselmann à Colmar compte parmi ses religieuses Sœur Louis Fernande, née Marie-Thérèse Voegtli. Fille du boulanger Louis Voegtli mort en déportation, elle a vu le jour à Wintzenheim le 3 juillet 1925.

Elle nous raconte ses souvenirs et sa vie au service des malades...



Je suis née le 3 juillet 1925, sœur jumelle avec Micheline, épouse Revaud. Mon père était le boulanger Louis Voegtli, marié avec Alice Michelin. Après la guerre, de 1946 à 1948, j'ai fait les études d'infirmière à l'école de la rue Thénard à Mulhouse, tenue par les sœurs du Très-Saint Sauveur (dites de Niederbronn).

J'avais deux tantes (sœurs de papa) dans la même Congrégation. La plus jeune, Rosalie Voegtli, en religion Sœur Sainte-Véronique, est décédée de la tuberculose le 4 novembre 1942, à l'âge de 32 ans. En apprenant son décès, j'ai eu un appel : "Tu vas la remplacer !". J'ai écouté cet appel, et c'est ainsi que je suis rentrée le 17 mars 1948 au couvent des Sœurs du Très-Saint Sauveur. Le postulat a duré six mois, et le 8 septembre 1948, j'ai fait ma prise d'habit avec le nom "Sœur Louis Fernande". C'étaient les prénoms de mon papa et de ma sœur aînée décédée le 11 juin 1940 à l'âge de 17 ans et demi, quelques jours avant l'entrée des Allemands à Wintzenheim. Son enterrement s'est fait sans cortège, car les avions patrouillaient sans cesse et constituaient une menace permanente pour la population. Le 19 mars 1950, j'ai fait la profession religieuse.

1957, avant son départ au Cameroun

A Oberbronn le 8 septembre 1948, jour de sa prise d'habit, en compagnie de sa tante Sœur Clodena

1965, après son retour du Cameroun

Ma mission était toujours de soigner les malades en clinique ou hôpitaux : Colmar, Moosch, Mulhouse, entrecoupée de 1957 à 1964 par un séjour au Cameroun à l'Hôpital Central de Yaoundé, ou je travaillais en salle d'opération, et surtout auprès des enfants tétaniques. Les femmes africaines accouchaient souvent dans la brousse et nouaient le cordon ombilical avec un fil tiré de leur chevelure. Ce manque d'hygiène provoquait chez les enfants le tétanos ombilical, généralement fatal.

En 1964, je suis venue en congé, mais ma santé m'obligea à rester en France à mon grand regret. Après une période de repos, on m'a confié la mission pour un jardin d'enfants à Basse-Ham en Moselle, près de Thionville. J'y ai vécu une période formidable avec ces enfants. Nous réalisions de belles fêtes : Saint-Nicolas, Noël, fête des mamans et de fin d'année scolaire. Les parents, toujours invités, étaient ravis de voir leurs petits chanter, danser, jouer... Encore maintenant, je suis en relation avec certains parents ou enfants.

Le 18 rue Roesselmann qui abrite la Communauté de Colmar, à proximité de la Clinique Saint-Joseph (photo Guy Frank, 31 octobre 2006)

Le 12 janvier 2005, j'ai été nommée à la Communauté de Colmar, près de la clinique Saint-Joseph. En retraite maintenant, les malades et les personnes âgées me manquent. Pour m'occuper, je vais les visiter dans le service de l'aumônerie à la clinique. Je suis heureuse de les rencontrer, pour leur apporter un peu de réconfort, un sourire, ce qui me réconforte également. J'y rencontre régulièrement des habitants de Wintzenheim, ce qui me permet d'échanger des souvenirs.

Pour ma vocation, je rends grâce à Dieu, qui m'a appelée à le suivre dans la vie religieuse. Je peux dire avec Marie : "Le Seigneur fit pour moi des merveilles, Saint est son Nom".

Source : témoignage recueilli par Guy Frank le 10 octobre 2006



Marie-Thérèse Voegtli devant la Chapelle des Bois, en compagnie de son oncle, le Frère Parfait

Mon oncle, le Frère Parfait

Né à Wintzenheim le 15 mai 1906, mon oncle Albert Voegtli, le plus jeune frère de papa, entra très tôt chez les Maristes et fit sa profession religieuse en 1924. Il occupa des postes d'éducateur et d'animateur dans différentes maisons à travers la France. En 1968, le "Frère Parfait", de la Congrégation des Frères Maristes, Communauté d'Issenheim, se retire à la Chapelle des Bois. Il y vivra en ermite pendant 14 ans. Le Frère Parfait est mort des suites d'un accident, le 20 décembre 1982, à l'âge de 76 ans.

Il dormait dans la cave de la Chapelle des Bois, sur un vieux matelas posé sur deux bancs installés côte à côte. En guise d'oreiller, il utilisait une planche recouverte d'un lainage. Il s'isolait du mur par une rangée de bouteilles en plastique. Pour se chauffer, il avait un vieux fourneau, sur lequel il faisait sa popote : soupes d'orties, et parfois quelques victuailles déposées à son intention devant la chapelle par des connaissances de Wintzenheim ou de Wettolsheim.

Quand il avait besoin d'eau potable, il accrochait un fanion à un poteau visible de Wintzenheim. Du village, son frère, le photographe Alphonse Voegtli, apercevait le signal et lui montait en voiture quelques jerricans d'eau fraîche.

J'allais lui rendre visite de temps en temps. J'apportais des provisions et on mangeait ensemble. Puis il m'invitait à l'accompagner dans sa promenade favorite, qui faisait le tour des grottes et des  petits autels qu'il entretenait autour de la chapelle. On descendait par la grotte de l'ange gardien, puis on arrivait à la Nativité (grotte de Noël). En passant devant un crucifix, il disait : "Regarde ! Le Christ n'est pas mort, ici il vit encore". Effectivement, sur cette croix, son cœur n'avait pas encore été transpercé.

Puis on arrivait près d'une pierre sur laquelle il avait installé un fourneau à l'envers, les pieds formant comme les créneaux d'une tour de château. Il y avait abrité la statue de Saint-Louis. Ensuite, il me faisait taire : "Chut ! Ne fais pas de bruit ! Écoute-les, ces deux-là sont toujours en train de bavarder, mais dès qu'on s'approche, elles se taisent…". C'était les statues de Sainte-Gertrude et de Sainte-Rosalie, installées ensemble dans une même grotte.

La promenade se terminait par une prière devant le calvaire de l'ADEIF, puis on revenait vers la chapelle.

Source : souvenirs de Marie-Thérèse Voegtli, recueillis par Guy Frank le 10 octobre 2006


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