1935 : funérailles d'une jeune manouche au Logelbach


Herzerschütternder Abschied am Grabesrand (adieux déchirants au bord de la tombe)

Begräbnis einer jungen Zigeunerin in Logelbach

Logelbach 4 juin. Une cérémonie funéraire s’est déroulée ce matin à l’occasion des obsèques de la jeune manouche Anna Meinhart. Anna la plus jeune des filles (et une sœur de Hugo), une jeune gitane ravissante et racée habitait depuis un an avec ses parents, ses frères et ses sœurs, à l’écart du village de Logelbach, au bord de la route qui conduit d’Ingersheim à Eguisheim, dans un logement primitif et cependant moderne, aménagé dans la carrosserie d’un vieil autobus.

Qui ne connaît pas cet endroit paisible, loin du bruit de la grande ville, dans le piémont de la vallée de Munster, et, qui ne connaît pas ce sentier romantique qui se love le long du Muhlbach et qui conduit en serpentant vers Turckheim, la petite cité viticole et historique. C’est à cet endroit qu’habitent pour le moment les 9 membres de la famille Meinhart *, qui s’est attirée, par sa conduite calme et paisible la sympathie et le respect de tous.

Les hommes gagnent leur pain en confectionnant des paniers, et souvent on les rencontre en tournée, toujours de bonne humeur, jouant sur leur violon traditionnel de fougueuses mélodies tsiganes pour gagner quelque argent. Les femmes font des travaux d’aiguilles pour vendre couvertures, dentelles etc. Ainsi vivent ces fils bruns de la Puszta (steppe hongroise), endurcis à l’aspect sauvage, paisibles et heureux sans demander l’accès aux moyens de distractions qu’offre la vie moderne.

Tout ce qui est terrestre est éphémère, et, la mort de cette jeune manouche a dû être ressentie par toute la tribu, comme un coup de semonce pour rappeler l’existence d’un être supérieur.

C’est à la fin du mois de mai que la plus jeune des filles a été atteinte d’une maladie si grave, qu’il ne fut malheureusement pas possible de la guérir, malgré les soins les plus dévoués.

Cette fille de la nature, à l’aube de sa vie, ne devait pas sortir vivante de l’hôpital. Comme le printemps qui touche a sa fin, cette fleur s’est fanée avant d’avoir atteint la splendeur de l’été.

On aurait dit que le ciel a revêtu sa parure de deuil quand le cortège funèbre s’est mis en marche ce matin. Avant que la défunte ne soit déposée dans le cercueil, les parents écrasés de douleur avaient contemplé une dernière fois leur enfant bien-aimée sur son lit de mort, couvert de fleurs, surtout des roses, de sorte qu’on ne voyait plus que le petit visage pâle, sous ses belles boucles noires, endormi de son dernier sommeil éternel.

Le curé de Logelbach est venu chercher le cercueil blanc, garni de ferrures métalliques, porté par les camarades de classe du village.

Après la cérémonie célébrée dans la pittoresque église, le convoi funéraire se dirigea vers le cimetière. Les scènes d’adieu étaient indescriptibles, on ne pensait pas que ces noirs gitans avaient un cœur si tendre. Une atmosphère lourde pesa sur la nombreuse assemblée à la vue des manifestations pathétiques du père déchiré par la douleur et de la détresse de la mère et des sœurs dont deux se sont évanouies.

Chacun avait les larmes aux yeux, tous étaient émus devant cette tragédie. Personne n’oubliera le cri étouffé et pathétique du père au moment où le cercueil fut descendu dans le terre froide du cimetière « Vergesse di nie Anna » Je ne t’oublierai jamais Anna.

Source : Neueste Nachrichten du mercredi 5 juin 1935 (traduit de l'allemand par Jacqueline Strub)

* Charles Meinhardt et Catherine Krems et leurs 7 enfants, soit 3 filles dont Anna et 4 garçons dont Hugo.


Les Manouches

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