25 août 1942 : les Malgré-Nous


Les incorporés de force

En 1648, par le Traité de Westphalie, l'Alsace devenait française. Quelques années plus tard, en 1674, les Impériaux tentent de reprendre cette province. Le Maréchal de France, Turenne, les en chasse. Jusqu'en 1870, l'Alsace suit l'évolution intellectuelle et politique du reste de la France. En 1871, par le Traité de Francfort, les provinces d'Alsace et de la Lorraine devenaient allemandes. Alors que la France se débat dans une crise très grave, l'Allemagne prend un essor considérable ; mais les Alsaciens-Lorrains ont fait leur choix : ils ont les regards tournés vers la France, qu'ils devaient retrouver en 1918.

En 1939, tous les Français rejoignent leur poste de combat, néanmoins quelques mois plus tard, l'Alsace, pour la deuxième fois, était séparée de la Mère-Patrie. Par deux fois également, surgit le douloureux problème de l'incorporation de force de ses fils dans les armées allemandes. Par décret du 25 août 1942, le Gauleiter d'Alsace décrète l'incorporation contre leur gré de certaines classes d'Alsaciens et Lorrains dans la Wehrmacht, bien que ce décret constituât une flagrante violation aux articles 44 à 47 de la Convention de La Haye. 130.000 jeunes gens originaires des départements du Rhin et de la Moselle furent durement touchés par ces mesures et disséminés ensuite au hasard d'une lutte sans merci aux quatre coins de l'Europe, voire de l'Afrique. [...]

Source : Préface de Robert Bailliard, Recueil photographique des disparus du Bas-Rhin, victimes de la conscription allemande de 1942 à 1945, Fascicule 1, ADEIF du Bas-Rhin, Avril 1948 (collection Gérard Knaus)

Dès la libération de l'Alsace par les Alliés et surtout après la défaite de l'Allemagne, débutèrent les difficiles opérations de rapatriement. Néanmoins, à la date du 1er janvier 1948, environ 10.000 jeunes gens du Département du Bas-Rhin étaient encore portés disparus. Dans le fascicule 1, comportant 3446 notices et photos classées alphabétiquement de AB à MA, figurent deux natifs de Wintzenheim et de Logelbach. Il s'agit de Jean-Pierre Clad (notice 754) et de Ernest Hugel (notice 2302), mais le premier est né à Colmar-Logelbach, et le deuxième à Wintzenheim-Kochersberg...


Le drame des incorporés de force

Depuis le décret du 25 août 1942, les Alsaciens sont contraints d'effectuer leur service militaire dans l'armée allemande. Ce décret du Gauleiter Wagner est une violation flagrante de la convention d'armistice de juin 1940 et des conventions de la Haye qui interdisent à la puissance occupante de mobiliser la population d'un territoire occupé. Pour le Gauleiter, qui est le principal responsable de l'incorporation de force, le service militaire constitue l'ultime étape du processus d'intégration de l'Alsace dans le IIIe Reich. La Wehrmacht doit être à côté du parti, l'école de la nation où les jeunes Alsaciens doivent terminer leur assimilation idéologique et culturelle...

Le "Kolmarer Kurier" du mercredi 26 août 1942 qui publie l'ordonnance du Gauleiter Robert Wagner

(collection Antoine Abt)

Une nécessité militaire

L'incorporation dans la Wehrmacht, considérée au départ comme un moyen de germanisation et de nazification, devient rapidement une nécessité pour la Wehrmacht qui manque de plus en plus d'hommes après la défaite de Stalingrad...

L'ordonnance du Gauleiter Robert Wagner du 25 août 1942, publiée dans le "Kolmarer Kurier" du lendemain

(collection Antoine Abt)

L'incorporation dans la Waffen SS

C'est également au Gauleiter Wagner que l'on doit l'incorporation des Alsaciens dans la Waffen SS. A la suite d'un accord avec Himmler fin 1943, la moitié de la classe 1926 est incorporée d'office dans les SS en février 1944. La proportion sera encore plus importante pour les classes 1908 à 1910 incorporées en avril-mai et 1927 en novembre...

Le 25 janvier 1945, René Schaffar de Wintzenheim, né le 23 septembre 1911, reçoit son ordre d'incorporation. Une semaine plus tard, Wintzenheim était libéré... (collection Lucien Brenner)

Des familles prises en otage

La répression extrêmement brutale qui a frappé tous ceux qui se sont opposés à l'incorporation de force et les mesures de transplantation prises à l'égard des familles des réfractaires vont inciter la plupart des malgré-nous à répondre à l'ordre d'appel. Mais beaucoup d'entre eux partent avec le secret espoir de passer dans les lignes alliées à la première occasion possible...

Source : Eugène Riedweg, DNA du mercredi 14 juillet 2004

 

Nota : l'article complet de M. Eugène Riedweg a été repris (avec l'aimable autorisation des DNA) dans le livre WINTZENHEIM 1939-1945, paru en 2004


Robert Wagner, Gauleiter und Reichsstatthalter, der Chef der Zivilverwaltung im Elsass. Source : Dein Volk ruft Dich ! Appell an das Elsass ! Gaupropagandaleitung der NSDAP, Strassburg (collection Paul Hirlemann)

Le Gauleiter Wagner :

Hitler nomme dès le 20 juin 1940 le Gauleiter de Bade, Robert Wagner comme chef de l’administration civile en Alsace. Réglementairement, le chef de l’administration civile doit être placé sous le commandement de l’armée occupant la région, mais dès le 2 août 1940, un décret de Hitler confie l’ensemble de l’administration civile au Gauleiter, la Wehrmacht n’exerçant plus que l’autorité militaire. Un second décret du 18 octobre 1940 renforce encore l’autorité du Gauleiter puisqu’il confie le Reichsgau Oberrhein (Alsace et Pays de Bade) à Wagner. Il va ainsi disposer de pouvoirs véritablement discrétionnaires puisqu’il ne relève que du Führer en personne et n’admet aucune intrusion de la part des autres autorités. Dégagé de toute entrave vis-à-vis des autorités du Reich, Wagner va s’efforcer d’y rattacher l’Alsace et de transformer les Alsaciens en bons Allemands et en nationaux-socialistes convaincus.

Source texte : d’après Eugène Riedweg, Les " Malgré Nous ", éd. du Rhin, 1995



Comment retrouver un soldat mort sous l'uniforme allemand

Le «Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge» ou VDK, est un organisme qui a son siège en Allemagne à Kassel. Il oeuvre depuis plus de 80 ans pour le respect et l'entretien de plus de 850 cimetières militaires dans 44 pays, de l'Égypte à l'Ouzbekistan, datant des deux derniers conflits mondiaux, et où se trouvent des tombes de militaires de formations allemandes. Mieux encore : le VDK propose un site Internet interactif grâce auquel on accède à des informations inédites comme la date du décès et le lieu d'inhumation d'un soldat mort sous l'uniforme allemand (rubrique Gräbersuche). Cette base de données est valable pour les Alsaciens-Mosellans incorporés de force. Le site en question  http://www.volksbund.de  est en allemand. En cas de recherche infructueuse, une rubrique "Letzte Hoffnung" (dernier espoir) permet de publier un avis de recherche, avec un maximum de détails...

Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge e.V.
Bundesgeschäftsstelle
Werner-Hilpert-Straße 2
D 34112 Kassel
Telefon: 0180 / 570 09-99
Spendenhotline: 0180 / 570 09-01
Telefax: 05 61 / 70 09-221
E-Mail: info@volksbund.de


Albert Schwein, le chercheur de tombes

L'homme a des allures de baroudeur. Et une passion pour les fouilles archéologiques. Mais, depuis douze ans, Albert Schwein, qui a quitté Bergheim après des vicissitudes familiales et professionnelles, effectue un travail un peu particulier. Il est l'un des collaborateurs du VDK (Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge), l'association allemande qui cherche à localiser, puis à regrouper dans des cimetières les soldats de la Wehrmacht. Ils sont une trentaine à travailler en Europe de l'Est. « C'est un travail difficile, car nous sommes obligés de faire une véritable enquête pour retrouver les tombes. Nous nous adressons aux villageois. La plupart du temps, les Soviétiques sont passés dessus avec des bulldozers », explique Albert Schwein qui avait été invité par Michel Foucher, l'ambassadeur de France en Lettonie, à rencontrer la délégation alsacienne à Riga. L'Alsacien du VDK travaille neuf mois sur douze en Lettonie et en Estonie. Pendant l'hiver, il rentre à Bergheim. Une fois les tombes localisées avec l'aide de son chauffeur letton — « un homme d'une grande probité » — il demande l'autorisation aux autorités pour effectuer les fouilles. Celles-ci doivent être très minutieuses, car tous les éléments ou documents pouvant servir à identifier les morts seront envoyés au VDK à Kassel, ou à Berlin. La plupart ont leur plaque, avec leur matricule. Certains avaient conservé des papiers, de l'argent ou des photos. « Un jour, j'ai trouvé la photo d'une femme très belle. J'ai pensé : Il en avait de la chance. Derrière la photo, il avait écrit : Mutti. Ce garçon n'avait que 17 ans », raconte-t-il, avec émotion. Le VDK essaie de prévenir les familles de ces soldats de tous les pays occupés par l'Allemagne nazie, volontaires ou enrôlés de force dans la Wehrmacht. « Les cadavres sont enterrés dans la grande nécropole de Saldus, prévue pour 25 000 morts », explique-t-il. Là où repose le père de Richard Burgstahler qui disposait d'une lettre, comme indice… Albert Schwein est sollicité par des familles alsaciennes, en quête d'un parent disparu sur le front russe. « L'État français a considéré que ces recherches sont un problème individuel », regrette le conseiller général Alphonse Troestler, en estimant que « les Départements et la Région devraient entreprendre un travail collectif, à travers le Mémorial d'Alsace-Moselle ». Avec la liste des 30.000 à 35.000 Malgré-nous morts ou disparus.

Source : Yolande Baldenweck, L'Alsace du samedi 23 avril 2005


Portrait - Albert Schwein, chercheur de tombes

Depuis 12 ans, Albert Schwein retourne la terre de Lettonie pour retrouver les dépouilles des 100 000 soldats - dont 8 000 à 10 000 Alsaciens - tombés là-bas sous l'uniforme allemand pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pour leur donner une sépulture décente.

Cela fait douze ans qu'il n'a plus vu l'Alsace au printemps, qu'il n'a plus arpenté sa ville de Bergheim sous le soleil de l'été. De sa région natale, Albert Schwein ne conserve plus que des images de paysages hivernaux. Il ne s'autorise à y séjourner que lorsque les grands froids rendent la terre des pays baltes trop dure pour être retournée.
Aujourd'hui, sa vie est là-bas, en Lettonie. Au service du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (VDK). Une administration chargée de retrouver les dépouilles des soldats allemands tombés sur des champs de bataille étrangers et de les inhumer dans des lieux de mémoire.

Cimetières rasés au bulldozer

« J'ai toujours été très intéressé par l'histoire », reconnaît modestement Albert Schwein, en passant sous silence ses années de recherches. C'est cette passion qui l'a amené dans les années 70 à croiser le chemin du VDK. « J'avais effectué des fouilles archéologiques à Bergheim, sur le site où a été aménagé le cimetière militaire allemand du Grasberg. »
Lorsque, plusieurs années plus tard, l'occasion s'est présentée, Albert Schwein a mis sans hésiter un terme à sa carrière de comptable dans une maison de vin d'Alsace pour devenir chercheur de tombes. En Hongrie, en Lituanie, puis depuis 1993 en Lettonie.
« Environ 100 000 soldats allemands sont morts ici à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans des combats ou sur le chemin de la retraite », explique-t-il. Parmi eux se trouvaient de nombreux Alsaciens enrôlés de force sous l'uniforme nazi. « Sans doute entre 8 000 et 10 000 », estime l'historien Jean-Laurent Vonau.
Certains, abandonnés sur le bord d'une route, ont été enterrés par des villageois, parfois même sur place. D'autres ont disparu dans un cratère creusé par l'explosion d'une bombe. D'autres encore ont été inhumés dans des cimetières militaires, certains connus, d'autres non, mais aujourd'hui tous disparus. « En 1945, lorsque les pays baltes sont devenus des républiques soviétiques, ils ont tous été passés au bulldozer », résume M. Schwein.
Son travail consiste d'abord à retrouver ces sépultures, à l'aide de toutes les sources disponibles. Qu'il s'agisse d'archives locales, de documents historiques ou de témoignages des habitants. « Mais cela devient difficile, constate le chercheur, car les témoins de cette époque sont de plus en plus rares. » Et il n'y a pas 36 moyens d'identifier les sites. « On a tout essayé, à commencer par les détecteurs de métaux. Mais la seule solution efficace, c'est la pelle mécanique. » A ce jour, Albert Schwein et son équipier letton ont retrouvé les dépouilles de 25.000 soldats.

75.000 tombes à trouver

Son travail ne se limite pas à exhumer les corps et à prévenir l'ambassade d'Allemagne de ses découvertes. Il lui faut aussi tenter de mettre un nom sur chaque dépouille.
« Lorsqu'on retrouve les plaques d'identification, on essaye de croiser les informations qui y figurent » avec celles qui sont contenues dans les dossiers de la Wehrmacht conservés à Berlin. « Parfois, on retrouve aussi des papiers d'identité » ou des effets personnels. « Lorsqu'on tombe sur un médaillon de Sainte-Odile, il y a de fortes chances qu'il s'agisse d'un Alsacien. »
Le travail, difficile, est aussi souvent émouvant. « Je me souviens d'une lettre retrouvée sur le corps d'un soldat de la division SS Danemark. Il s'adressait à son commandant et lui annonçait qu'il voulait quitter l'armée. Il n'a pas eu le temps de la lui envoyer », constate Albert Schwein. « Il y avait aussi ce médaillon qui contenait la photo d'une très belle femme. Derrière, il y avait écrit en petites lettres " Mutti ". C'était la photo de la maman de ce soldat. Il avait 17 ans. »
Argent, bijoux, documents personnels, tous les effets retrouvés - lorsqu'il y en a car « il y a eu des violations de sépultures » - sont expédiés en Allemagne. Les dépouilles, elles, sont inhumées dans l'une des deux nécropoles militaires allemandes de Lettonie. « Il y a une croix pour quatre soldats, sur laquelle figure le nom, la date de naissance et la date de décès de chacun », indique M. Schwein.
A 59 ans, il continue de parcourir la campagne. C'est sa contribution à l'indispensable travail de mémoire qui a été entrepris en Allemagne. Et qui est loin d'être terminé. Il reste en Lettonie 75 000 tombes à trouver.

Source : O.W., DNA du dimanche 24 avril 2005


Wintzenheim - Les victimes de la guerre de 1939-1945

Deux "malgré-nous" de Wintzenheim racontent leur incorporation de force :

Robert GRAWEY, incorporé de force dans la Wehrmacht

Jean HARTMANN, incorporé de force dans la Waffen SS

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Wintzenheim 1939-1945

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