L'organisation de la Résistance en France libre :

des Alsaciens à Lyon


Paul Hirlemann (photo Guy Frank, 29 mars 2004)

Hommage aux bistrotiers résistants de Lyon

Un petit café-épicerie-charcuterie de Lyon, tenu par des Alsaciens, a servi de plaque tournante à des réseaux locaux de résistance. Voici, recueilli par René Meyer, le témoignage d'un évadé alsacien, Paul Hirlemann, devenu agent du B.C.R.A..

Durant toute la guerre, le café-épicerie-charcuterie du n° 156 de la rue Créqui, à l'angle de la rue Le Royer, 3e arrondissement, en plein centre de Lyon, fut un haut lieu de la Résistance. L'établissement était tenu par les époux Woehrlé, Alsaciens originaires d'Éguisheim. Le mari, Alphonse Woehrlé, déserteur de l'armée du Kaiser durant la première guerre mondiale et condamné à mort par contumace, était venu s'établir à Lyon. D'abord lieu de rendez-vous des Alsaciens évadés, le café devint le quartier général clandestin des agents de liaison des réseaux Action-Londres, Électre-Bouleau et Combat.

Des Alsaciens incorporés de force en tenue verte fréquentaient les lieux, ce qui faisait fuir les habitués et provoquait des interrogations chez les voisins mais... détournait l'attention de la Gestapo lyonnaise qui avait l'œil sur le café.

Plusieurs Alsaciens ont eu à connaître l'établissement lyonnais. Paul Hirlemann nous en a fait le récit.


Paul Hirlemann de Wintzenheim, agent du Réseau Action-Londres

Paul Hirlemann en 1944. La photo est signée F. Soubrier, 77 rue Pierre-Corneille. Ce photographe lyonnais faisait souvent des photos pour les fausses cartes d'identité des incorporés de force alsaciens qui souhaitaient déserter de la Wehrmacht. Stationnés au Fort Lamotte, ils se retrouvaient le soir au café Woehrlé. Le photographe leur prêtait une cravate et une veste civile en remplacement de l'uniforme allemand, le temps de faire la photo...

 

Paul Hirlemann
en juin 1945 à Wintzenheim
avec René Koch,
son compagnon d'évasion
(coll. Paul Hirlemann)

Je me suis évadé d'Alsace avec un camarade, René Koch, le 7 octobre 1941, pour me soustraire au RAD. Nous sommes entrés en Suisse par l'enclave de Neuwiller. Par les bons soins du consulat de France à Bâle, nous sommes partis le samedi 11 octobre suivant sur Genève puis sur Lyon où, le 13 au soir, nous avons été pris en charge par un centre de la rue Scaronne. Dès le lendemain, deux sous-officiers alsaciens y sont venus pour recruter des jeunes. Mon camarade s'est immédiatement engagé mais moi je n'étais pas intéressé par l'armée de Vichy. Voulant me faire délivrer une carte d'identité, un commissaire de police, auquel je n'avais pu exhiber que le document délivré par le consulat de Bâle, m'a rabroué en me disant qu'il ne pouvait rien faire pour moi et que je n'avais qu'à retourner chez moi. J'ai finalement obtenu cette carte après intervention de l'antenne de la préfecture du Haut-Rhin repliée à Lyon.

La première carte d'identité obtenue à Lyon le 8 novembre 1941, comportait sa véritable identité et sa véritable date de naissance, le 7 juin 1922 à Wintzenheim

Par un autre camarade de mon village, Lucien Goetz, également évadé, j'ai fait la connaissance d'Alsaciens établis à Lyon depuis avant la guerre, la famille Woehrlé, qui tenait un café-épicerie-charcuterie. Le soir de mon arrivée, oh surprise ! nous nous trouvions à sept jeunes évadés de Wintzenheim réunis autour d'une table. A cette époque, les restrictions étaient sévères et nous étions bien contents de recevoir des casse-croûte sans tickets. Un gradé de l'armée, alsacien, m'a placé comme civil au 11e régiment de cuirassiers jusqu'en avril 1942, date à laquelle j'ai été embauché à la mairie centrale de Lyon. Alors que je me trouvais affecté au bureau des distributions des bons de chauffage, j'y étais enregistré comme requis, ce qui m'a valu d'échapper à l'enrôlement dans les Chantiers de Jeunesse et dans les Compagnons de France. Entre-temps, j'ai revu deux autres camarades de mon village, Robert Clor et René Schmitt, eux aussi évadés, ce qui faisait déjà neuf hommes. Après l'invasion de la zone dite libre par les Allemands, le 11 novembre 1942, il a fallu redoubler de précaution. Mon identité a été modifiée : je suis devenu Jean Pegaz, né à Bougie (Algérie). Dans ce temps-là, les réseaux de résistance se multipliaient et c'est ainsi que je suis entré au réseau Action-Londres et devenu agent P2, chargé de mission. Ce réseau, comme beaucoup d'autres, dépendait du BCRA (Bureau central de renseignement et d'action) dirigé par le colonel Passy (Dewavrin) à Londres.

Par la suite, Paul Hirlemann deviendra Paul Pegaz ou Jean Pegaz, né en 1919 à Bougie en Algérie

Tout en me laissant continuer à travailler à la mairie centrale de Lyon, qui me servait de couverture, mon chef dans la Résistance m'a demandé de quitter cet emploi en novembre 1943 pour me consacrer entièrement au réseau. Mon premier travail a été de porter des télégrammes à Heyrieux, à bicyclette, pendant trois semaines ; après quoi, il m'a fallu assurer la liaison avec Saint-Martin-en-Haut. Peu après, j'assurais la liaison avec Villefranche-sur-Saône. Après l'arrestation d'un agent de liaison qui effectuait le trajet Lyon-Paris et retour, on m'a demandé de le remplacer, ce qui impliquait de passer la ligne de démarcation à chaque voyage. Cette ligne avait été maintenue après l'invasion de la zone libre, mais on pouvait la traverser avec des papiers "en règle". J'ai pu assurer cette liaison jusqu'au 30 juillet 1944, date à laquelle je suis resté bloqué à Paris. J'ai effectué plus de soixante allers-retours de Lyon à Paris en sept mois, avec à chaque fois un contrôle par les Allemands ou par les miliciens de Vichy, tout en gardant mon sang-froid. Je possédais toujours une attestation (fausse) de la mairie centrale de Lyon qui me permettait d'être "couvert", mais le fait de comprendre l'allemand m'était d'une grande utilité. Les "marchandises" transportées consistaient surtout en postes émetteurs-récepteurs, en armes, mais aussi argent et messages. Lors de mon premier voyage, j'avais une grosse valise renfermant un poste émetteur-récepteur et deux gros accus lorsque j'ai été interpellé en sortant de la gare de Lyon à Paris par trois civils. L'un d'eux voulant savoir ce qu'il y avait dans la valise, je l'ai ouverte séance tenante en lui répondant : "un voltmètre pour camion et deux accus". Il a jeté un coup d'œil et m'a répondu avec un petit rire méphistophélique, en me regardant dans les yeux : "Ca va, fermez la valise, vous pouvez partir". Encore aujourd'hui, je suis persuadé que ce policier de la préfecture de police de Paris avait compris.

Poste radio émetteur-récepteur avec ses écouteurs

J'ai véritablement eu peur à trois reprises. La première fois, en mars 1944, quand deux Allemands, casqués et armés, sont venus au café Woehrlé. Me trouvant dans la cuisine, j'ai immédiatement pris la fuite. En réalité, il s'agissait de deux Alsaciens incorporés de force qui amenaient du courrier d'Alsace destiné à madame Woehrlé comme je l'ai appris plus tard. Les Allemands, en raison des attentats, devaient marcher par deux, casqués et armés. La deuxième fois, le 18 mai 1944, en apprenant l'arrestation de deux camarades et de plusieurs autres, j'ai cru que mon heure était arrivée, mais aucun d'eux n'a parlé. La troisième fois, le 9 juillet 1944, lors d'un contact qui devait avoir lieu place Voltaire à Lyon. A l'heure dite, j'ai aperçu un "monsieur" portant un imperméable gris avec double empiècement autour du col : ce ne pouvait être qu'un policier allemand en civil. Je lui ai échappé en pénétrant dans un magasin. De cet endroit, j'ai aperçu d'autres "messieurs" non loin.

Au café Woehrlé, dans le petit local attenant à la cuisine, se trouvait le stock sans cesse renouvelé de postes émetteurs-récepteurs, accus, armes et documents divers. Les allées et venues, mais également la venue de soldats portant l'uniforme vert, éveillaient l'attention des voisins et des clients, mais les tenanciers arrivaient toujours à endormir leur méfiance. Peut-on s'imaginer dans une même salle de café des membres de réseaux de résistance au milieu de soldats allemands ?!

Source :
- Saisons d'Alsace n° 124 - Été 1994 (1944 - Vers la Libération)
- Guy Frank, entretiens du 29 mars et 5 avril 2004 avec Paul Hirlemann
- Illustrations : collection Paul Hirlemann

Spécimen de télégramme codé (collection Paul Hirlemann)

Radio clandestine : description d'une émission

Quelques minutes avant l'heure du rendez-vous avec Londres, l'opérateur arrive au lieu d'émission. Un ou plusieurs guetteurs extérieurs sont en place. Sortir l'appareil de sa cachette, le poser sur une table, dérouler le fil d'antenne sur dix à quinze mètres (à la campagne, il va se perdre dans un arbre, à la ville, il zigzague d'un mur à l'autre de la pièce), relier l'appareil à une prise de courant (ou à une batterie), enficher le quartz fixant la longueur d'onde prévue, régler l'émetteur et le récepteur : tout cela se fait en quelques minutes lorsque les conditions sont normales.

A la seconde prévue pour la prise de contact, l'opérateur lance cinq ou six fois son indicatif d'appel. Dès que la Centrale de Londres le perçoit, elle répond en émettant son propre indicatif. A partir de ce moment, le trafic s'enchaîne : calmement mais rapidement les signaux morse crépitent, les messages sont transmis un par un, le tout entrecoupé de quelques changements de longueur d'ondes. Pendant tout ce temps l'opérateur radio reste très conscient de l'écoute ennemie qui alerte immédiatement les stations allemandes de repérage par goniométrie. Seul un grand entraînement lui permet de se défaire d'une certaine nervosité, préjudiciable à la qualité et à la précision du travail, car les messages reçus ou transmis sont codés, de telle sorte qu'une lettre manquante ou mal transmise ne peut être devinée ou rectifiée par référence au reste du message. Vingt à trente minutes plus tard, le signal de fin de transmission est échangé, quelquefois accompagné d'une appréciation de la Centrale : "FB" (fine business : bon travail). Il ne reste plus qu'à tout replier, détruire les messages transmis, effacer toute trace de ce qui vient de se passer.

Pendant ces trente minutes ont été transmis des renseignements sur l'ennemi, des comptes-rendus de sabotages et d'opérations aériennes... la liaison vitale entre les Forces de l'Intérieur et les alliés de l'extérieur a été maintenue. Cette émission de trente minutes réalisée par l'opérateur radio a également nécessité un long et dangereux travail de préparation assumé par les agents de liaison et de protection. Il fallait bien que les postes émetteurs soient régulièrement changés d'emplacements, les émissions couvertes par des gens armés, les boites aux lettres relevées, les emplacements d'émissions renouvelés, etc..., et cela c'était le travail dangereux des auxiliaires des radios clandestines...

Source : Retour du bout de la nuit - Itinéraire d'un résistant, torturé, déporté, témoin (1939-1989), Anne Bocquet, Institut d'Études Politiques, Université des Sciences Sociales de Grenoble, année 1988-1989 (Mémoire consacré à Robert Clor)

Le 4 juin 2004, Paul Hirlemann était invité à Lyon pour le tournage d'un reportage sur la Résistance. Sur cette photo prise au café Woehrlé, il s'entretient avec le reporter Jacques Mouriquand, en compagnie d'Odile Woehrlé et de Bruno Permezel, qui a publié en novembre 2003 un ouvrage sur les Résistants de Lyon (photo Daniel Woehrlé)

Ce reportage a été diffusé dans le cadre de "C'était ici",
émission historique hebdomadaire de France 3 Rhône-Alpes Auvergne,
le samedi 18 septembre 2004 à 12h50.

Paul Hirlemann est décédé le 20 décembre 2006



Robert Clor au 151e Régiment d'Infanterie vers 1941-42 (coll. Yvonne Clor)

Robert Clor, victime de Klaus Barbie, raconte :

Je suis né le 4 février 1922 à Wintzenheim. Je me suis évadé d'Alsace le 11 juillet 1941, en compagnie de René Schmitt, pour ne pas être enrôlé de force dans le RAD (Reichsarbeitsdienst) allemand. Le 18 juillet 1941, je signais un engagement de trois ans au 151e R.I. à Lons-le-Saunier (Jura). J'ai été démobilisé le 28 novembre 1942 après que les Allemands aient occupé la France entière et j'étais titulaire d'une permission renouvelable jusqu'au 28 février 1943. Enfin, je fus placé en congé d'Armistice le 1er mars 1943. 

Bien avant cette date, c'est-à-dire le 15 décembre 1942, j'ai signé un engagement pour la durée de la guerre comme agent P2 dans le Réseau de Renseignements et de Transmissions "Électre Bouleau", commandé à ce moment-là par le colonel Jean Fleury. 

Ma première mission consistait à ramasser chaque jour, matin et soir, les télégrammes dans différentes boîtes aux lettres se trouvant aux quatre coins de Lyon. Ces télégrammes étaient destinés soit à Londres, soit à Alger. Tous les jours, j'ai changé le poste émetteur d'emplacement parce que, à ce moment-là, nous ne possédions qu'un seul poste. De plus, je m'occupais de la protection des opérateurs pendant leurs transmissions. Je me rappelle de quelques noms de Réseaux, dont nous étions responsables des transmissions : Vector, Raoul, François, Etienne et, bien sûr, Max dont nous ignorions à cette époque la véritable identité, Jean Moulin.

Notre adjoint au Colonel Jean Fleury, nommé Cazenave, nous a malheureusement quittés à la suite d'un accident d'avion sur la route de Londres. Il fut aussitôt remplacé par Jacques Salomon Richet, alias commandant Renal. Début 1943, nous possédions deux postes émetteurs et comme agents : moi-même, Robi alias Jules Bizet et deux radios opérateurs de la Marine, des vrais : Félix - Berger ou Suchard.

De jour en jour, les télégrammes devenaient plus nombreux et, de ce fait, il fallait élargir notre champ d'action. Richet, commandant Renal, m'a confié une mission très délicate, qui consistait à créer d'autres secteurs, à chercher des emplacements pour faire nos émissions dans d'autres villes que Lyon. A Lyon, les Allemands avaient installé une centrale de goniométrie avec cinq ou six voitures pour détecter les radios clandestines. C'était vraiment une mission difficile que de chercher des emplacements pour pouvoir travailler avec un poste émetteur dans une ville où je ne connaissais personne. Souvent, lorsque je frappais à une porte, les gens se méfiaient et il leur fallait un certain temps de réflexion, voire des journées, avant de donner leur accord. N'oublions pas que les rues pullulaient d'Allemands. Tout de même, j'ai réussi dans cette délicate mission, et non sans difficulté à Valence, à Grenoble, à Charolles-sur-Saône et à Beaujeu (Rhône).

Grenoble et Beaujeu devinrent nos secteurs préférés. Dans ces deux régions, les emplacements étaient des fermes situées sur les hauteurs. On recevait les émissions "5 sur 5" et, pour la protection des opérateurs, on voyait facilement à deux ou trois kilomètres à la ronde l'approche des voitures gonio qui essayaient de nous repérer. Il faut dire que depuis février 1944, elles n'avaient plus d'antenne circulaire sur le toit, et les reconnaître devenait de plus en plus aléatoire.

Maintenant que j'avais les emplacements, il ne me manquait plus que les agents de liaison et des radios expérimentés. De mon côté, j'ai contacté quelques Alsaciens et Lorrains dont j'avais fait la connaissance au 151e R.I. Ils étaient tous évadés d'Alsace comme moi. J'ai eu la chance de récupérer une bonne dizaine d'entre eux. Le recrutement des opérateurs était du ressort de mes chefs Fleury et Richet. Notre Réseau Électre Bouleau s'était bien organisé. Nous transmettions au début de l'année 1943 quelque trois à quatre télégrammes par semaine, alors qu'en 1944 nous en transmettions des dizaines et des dizaines par jour. La preuve, le 17 mai 1944, jour de mon arrestation à la boîte aux lettres rue Victor Hugo à Lyon, j'étais en possession d'une centaine de télégrammes destinés à Londres ou à Alger, et en plus de neuf quartz pour nos postes-radios. Heureusement, les télégrammes étaient tous en groupes codés. Les Allemands ne m'ont laissé aucune chance de me débarrasser de cette marchandise qui nous était très chère. Voici comment les choses se sont passées. 

Je me dirigeais vers notre boîte aux lettres de repêchage en compagnie d'un agent de liaison, originaire de Strasbourg, Henri L., que je venais de recruter deux ou trois mois auparavant. Brusquement, un policier en civil m'a fait traverser la rue Victor Hugo, le pistolet pointé dans mon dos, et m'a poussé dans une librairie-papeterie située juste en face de cette boîte aux lettres. Arrivé dans le bureau du magasin, le policier demanda à un des employés une corde ou cordelette, ce qu'il lui fournit aussitôt. Alors ils se mirent à deux pour me ficeler les mains dans le dos. Le policier téléphonait à la Gestapo et en même temps il déposa son pistolet sur la table, à moins de trente centimètres de Henri qui ne bougea point. Inutile de me casser la tête, j'avais vite compris que Henri marchait avec eux et qu'il m'avait trahi. Au téléphone, le flic parlait au pluriel en disant : "On a arrêté l'agent de confiance Robi, alias Jules Bizet". Peu de temps après, deux gorilles dans une traction 15 CV sont venus nous chercher. Nous prîmes la direction de l'École de santé militaire. Henri marchait toujours librement. A l'école, commencèrent les interrogatoires, pendant quatre jours. De temps en temps, on me descendait à la cave pour récupérer un peu, mais jamais trop longtemps. C'est dans cette cave que j'ai trouvé quelques-uns de mes camarades qui s'étaient fait prendre de la même façon que moi, toujours accompagnés par Henri.

La prison de Montluc à Lyon, vers 1945-46  (coll. Paul Hirlemann)

Le cinquième jour, je fus transporté à la prison de Montluc. Je n'avais ni mangé ni bu pendant cinq jours. Rien que des interrogatoires. Voici le nom de quelques camarades de combat rencontrés dans cette cave : Clément, René alias Serge Riffart, et Christophe qui était même accompagné de son épouse. Il y avait aussi un chef du Réseau Vector, dont j'avais perdu la trace. Il m'accompagnera dans le même convoi en direction de Compiègne.

Dans la cellule de Montluc, j'eus la visite de M. Farragi, adjoint de Richet, qui me posa pas mal de questions. Dans ma tête, il y eut un déclic. Pourquoi ? Parce que c'était le seul de tous les agents de ce Réseau qui possédait l'adresse exacte de notre chef, Renal. Richet et son épouse avaient été arrêtés, mais pas à la boite aux lettres.

La navette entre Montluc et l'École de santé militaire dura jusqu'au jour où l'École fut bombardée. Dès lors les interrogatoires continuèrent au siège de la Gestapo, place Bellecour.

Un jour, on me fit entrer dans un bureau. Que vis-je ? Henri L. assis à une table, devant lui une assiette et une bouteille de vin d'Alsace. En face de lui, un certain Francis qui se retourna et me dit : "C'est toi Robi ? Tu aurais mieux fait d'aller planter des choux à la campagne que de faire ce métier". Et, en plus, il ajouta : "Tu vois, Henri mange". Je pense qu'il croyait m'intimider avec çà, mais j'en avais vu d'autres avant lui.

L'interrogatoire le plus dur fut la confrontation avec mon chef Richet, alias Renal, qui était presque méconnaissable, assis dans un fauteuil. Il y avait aussi deux brutes qui étaient présentes, armées chacune d'un nerf de bœuf et qui me posaient plusieurs fois la même question : "Regarde bien ce salaud et dis-nous que c'est bien lui Richet, chef du réseau Électre Bouleau et que vous étiez toujours en liaison avec les Russes". Inutile de vous faire un dessin du traitement qu'ils me réservaient quand je leur répondais que je ne connaissais pas ce Monsieur. Il faut dire franchement qu'il fallait bien regarder pour le reconnaître : il subissait des tortures inimaginables. Après cela, les deux anges gardiens s'occupèrent un peu de moi et me firent "valser" à coups de nerf de bœuf dans une autre chambre. En rentrant dans celle-ci, je croisais mon camarade d'évasion René Schmitt, alias Serge Riffart, qui sortait dans un état lamentable. C'était justement René qui était le responsable du bon fonctionnement du secteur Grenoble.

Robert Clor le 26 mai 1987 devant le Palais de Justice de Lyon pendant le procès Barbie (collection Yvonne Clor)

A l'intérieur de cette chambre se trouvait Klaus Barbie, les mains sur les hanches. Je l'ai tout de suite reconnu d'après les photographies faites en 1945 et montrées à la télévision française après son arrestation. Il y avait aussi deux autres sbires qui m'accueillaient de la même façon. Ils ne me laissaient pas le temps de me déshabiller ou de souffler un peu et me bousculaient immédiatement dans une baignoire pour mon premier bain de santé. Dans un intervalle de deux heures, j'en ai subi six.

Durant ce "séjour" de six semaines à Monluc, et faisant la navette Montluc-École de santé militaire ou Montluc-place Bellecour, j'ai subi vingt-quatre interrogatoires, plus cruels les uns que les autres et toujours menés par d'autres bourreaux.

Pendant ce temps, deux de ces chiens enragés ("Bluthunde") s'occupaient d'une jeune fille d'environ vingt ans et nue. Elle était accrochée par les menottes au-dessus de la porte d'entrée de cette fameuse chambre. Derrière elle se trouvaient les deux sbires sous le commandement de Barbie, chacun un fouet à la main et ils tapaient et tapaient ; mais pour Barbie, jamais assez fort. Et cette fille refusait de cracher le morceau. Les seuls mots que j'ai entendus d'elle sont : "Je ne sais rien..." Ils me sont restés gravés dans la mémoire. Pour moi, cela me faisait l'effet d'une piqûre qui augmentait mon courage et me donnait des forces supplémentaires pour la suite de mes interrogatoires.

A un moment donné, Barbie donna l'ordre à mes "anges gardiens" de me laisser par terre pour souffler un peu. Au même instant, les deux autres décrochèrent la jeune fille. Elle ne parlait toujours pas. La fille s'écroula la tête la première sur le sol, comme une personne frappée par la foudre. A ce moment-là, il se passa une chose que je ne voudrais plus jamais revoir, une chose inhumaine. Barbie donna l'ordre à un de ces hommes d'infliger à la fille des tortures d'une incroyable bestialité. Barbie, voyant que le sbire de service ne réagissait pas tout de suite, prit le fouet et s'occupa lui-même de cette ignoble besogne. Cette pauvre fille ne criait et ne pleurait plus, mais elle hurlait et ne disait toujours rien... Je ne crois pas que l'on puisse se faire une idée de l'effet que cela m'a fait d'être obligé d'assister à une telle torture, sans pouvoir secourir la malheureuse, couchée sur le sol à deux ou trois mètres de moi. Je me sentais vraiment incapable face à ces cinq chiens enragés.

Source : Déposition de Robert Clor le 28 mars 1983, en vue du procès Barbie qui s'est tenu à Lyon en 1987

Après un séjour d'un mois et demi, je fus transféré à Compiègne puis expédié vers le sinistre camp de Neuengamme (matricule 36974). Avril 1944 : le camp est évacué vers Lubeck. Mai 1945 : échange de prisonniers avec la Croix Rouge suédoise dans le cadre de la mission Bernadotte, bombardement tragique des bateaux "Cap Arcona", "Thielbeck" et "Deutschland" (10.000 morts), arrivée en Suède puis, le 28 juin 1945, rapatriement à Paris et, le 14 juillet 1945, convoqué par mes chefs de la Résistance, j'assiste à Colmar au magnifique défilé de la victoire.

Source : Victime de Klaus Barbie, Robert-Alphonse Clor, FFL - Réseau "Électre Bouleau", Saisons d'Alsace n° 121 - Automne 1993 "1943 - la Guerre totale" 

Neuengamme : les commandos de ramassage des bombes non éclatées

Robert Clor n'a pas connu les camps pendant une longue période. Il a cependant eu le temps de côtoyer et de vivre les plus inimaginables horreurs. Jules Bizet, c'est son nom de code, a été arrêté sur dénonciation le 17 mai 1944 à Lyon. Après 24 interrogatoires, il est conduit à la prison de Montluc. Puis on l'envoie à Compiègne durant une quinzaine de jours. Enfin, le wagon à bestiaux, direction le camp de Neuengamme. Six jours sans rien avaler.

A peine arrivé au camp, Robert Clor est affecté au commando qui est chargé de déterrer à Hambourg les bombes qui n'ont pas explosé. Ces bombes étaient envoyées par les alliés, et Hambourg faisait partie des villes les plus visées. 80 Français ont été attelés à ce travail. Cinq semaines plus tard, moins d'une dizaine revenaient au camp. Ils avaient été répartis par équipes de 6 et étaient accompagnés d'un policier et d'un artificier.

- Nous creusions, raconte Robert Clor, à la pelle ou à la pioche pour déterrer une bombe qui risquait à tout moment d'éclater. Un jour, nous avons désamorcé une bombe de 250 kg qui était tombée sur des rails de chemin de fer, près d'une usine d'aluminium. Deux jours plus tard, nous eûmes la satisfaction de voir que cette même usine avait été bombardée et détruite.

Si bas dans la déchéance

Fin avril 1944, à l'approche des alliés, le camp est évacué et Robert Clor est chargé sur un bateau à Lubeck qui fait la navette entre le port et le "Cap Arcona".
- Au début, on croyait que le bateau était chargé de ravitaillement, mais en réalité on revenait avec un chargement de cadavres de déportés.
Puis les déportés sont entassés dans la cale d'un autre bateau, "L'Athen" qui stationnait dans un petit port près de Lubeck. Les malades du typhus voisinaient avec les morts. Impossible de savoir combien de personnes contenait la cale. Heureusement, la distribution d'un colis de la Croix-Rouge permet à de nombreux internés de survivre en attendant la libération qui arrive sous forme d'un échange de prisonniers par l'intermédiaire de la Croix-Rouge suédoise. Le souvenir des jours passés dans ces bateaux ne quittera jamais Robert Clor :
- C'était chacun pour soi. Je n'aurais jamais imaginé qu'un homme puisse tomber si bas dans la déchéance. Notre comportement était pire que celui d'un animal.

Source :
- Les commandos de ramassage des bombes non éclatées, Claude Keiflin, DNA du 22 juin 1975
- Retour du bout de la nuit - Itinéraire d'un résistant, torturé, déporté, témoin (1939-1989), Anne Bocquet, Institut d'Études Politiques, Université des Sciences Sociales de Grenoble, année 1988-1989

Robert Clor est décédé à Colmar le 9 novembre 1993.


René Schmitt vers 1941-42 dans l'uniforme du 151e R.I. (collection Marie Andlauer)

René Schmitt, patriote ardent, né le 12 octobre 1921 à Wintzenheim, est mort en déportation.
Il a succombé dans le train de la mort le 2 juillet 1944, à Dachau, Allemagne.

Mars-avril 1944 : René Schmitt à L'Ile Roy avec son amie Simone (collection Odile Woehrlé)

Une rue de Wintzenheim porte son nom : René Schmitt

René Schmitt est né le 12 octobre 1921 à Wintzenheim. Après l'école primaire de Wintzenheim, il fréquente l'école primaire supérieure de Colmar jusqu'au brevet industriel. Passionné dès son jeune âge pour l'automobile, il ne put résister à acquérir une formation pratique dans cette branche. L'occupation allemande le surprit mais René n'accepta pas un seul instant l'idée de servir l'Allemagne. Pour éviter son enrôlement dans le R.A.D. (Reichsabeitsdienst), il quitta l'Alsace clandestinement le 11 juillet 1941 en compagnie de Robert Clor, et s'engagea dès son arrivée en zone libre au 151e R.I. à Lons-le-Saunier. Après l'occupation de la zone libre par l'armée hitlérienne, c'est-à-dire après le 11 novembre 1942, René entre dans la Résistance de Lyon (sous le nom de code Serge Riffart) et plus précisément dans le réseau Électre Bouleau faisant partie du B.C.R.A. de Londres. A partir de ce moment, ce fut pour lui une vie mouvementée à l'extrême dans ce réseau de renseignements des Forces françaises libres, et où il fut chargé par la suite de l'installation et du commandement d'une unité d'émission radio dans les murs de l'établissement des époux Woehrlé, 156 rue de Créqui. Hélas, mi-mai, un traître devait le vendre à la Gestapo, ainsi que plusieurs autres agents du réseau. Arrêté le 17 mai 1944 à Lyon en même temps que Robert Clor, il est interrogé par la Gestapo dans les locaux de l'École de santé militaire, puis interné à la prison Montluc de Lyon. Il dû subir toute la gamme des sévices et des tortures faisant partie du répertoire de la Gestapo, et sans parler, sauvant ainsi bon nombre de ses camarades. Puis il fut chargé dans un wagon du tristement célèbre "train de la mort", à destination de Dachau, via Compiègne. Hélas, de ces wagons où ils étaient entassés à raison de 120 déportés en moyenne, il ne devait plus sortir, une fois les portes ouvertes le long de la rampe d'arrivée à Dachau, qu'une petite poignée de vivants, les autres étant déjà morts ou sur le point de mourir. René Schmitt était déjà parmi les morts.

René Schmitt qui a donné sa vie à la patrie, a été un exemple de dévouement, d'abnégation et de courage pour tous ses camarades. Il a gagné l'estime de tous ceux qui l'ont connu.

Source : Paul Hirlemann et "Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2824 engagements", Bruno Permezel, 2003

(photo Guy Frank, 17 mars 2004)

La maison natale de René Schmitt,
au n° 13 de la rue qui porte son nom
(photo Guy Frank, 22 avril 2004)

CAMP DE COMPIEGNE-ROYALLIEU

Sous administration allemande, le camp de transit avant déportation de Compiègne-Royallieu est situé au nord de Paris, sur le territoire de la commune de Compiègne (Oise). Ancienne caserne, il est composé de plusieurs quartiers séparés par huit bâtiments.

CAMP DE DACHAU

Dachau est une ville allemande située au nord-ouest de Munich. Himmler, chef de la police de Bavière, y a fondé le premier camp de concentration S.S. en mars 1933. Initialement destiné aux Allemands antinazis, le camp de Dachau renferme des déportés jusqu'au 29 avril 1945, jour de sa libération par l'armée américaine. Camp central, il comporte cent quatre vingt-trois Kommandos extérieurs. Au moins 200.000 personnes y ont été déportées, au moins 30.000 y sont mortes (selon les dernières recherches).

Source : Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2824 engagements, Bruno Permezel, 2003


Lucien Goetz en 1946-47

Lucien et Germaine Goetz à Lyon : 

Lucien Goetz est né à Wintzenheim le 12 août 1921. En juillet 1941, pour fuir le régime nazi, Lucien quitte l'Alsace en franchissant les Vosges par la Tête des Faux. Avec 3 camarades du lycée Bartholdi de Colmar, il passe en zone non occupée et aboutit à Lyon. Il est nommé instituteur à Oullins (Rhône) et à Poncin (Ain) puis, en raison de ses qualités sportives (ancien champion d'Alsace d'athlétisme, handballeur, très bon nageur), il devient professeur d'éducation physique et sportive à Lyon. En mars 1942, il revient en Alsace avec un copain de Turckheim, pour  retrouver à Logelbach celle qu'il aime, Germaine Marbach, sa future épouse. Avec elle il franchit une nouvelle fois la ligne de démarcation, passant par Mittlach et le lac de l'Altenweier, servant par la même occasion de guide à une dizaine de prisonniers évadés. La course n'est pas facile à travers la neige. Heureusement, tout se passe bien jusqu'à Lyon.

Là, rue Rabelais, de nombreux israélites de Wintzenheim, les Klein, Dreyfus, Bloch et autres vivent dans la crainte des rafles et perquisitions. Lucien, qui exerce encore la fonction de professeur d'éducation physique, a quelques contacts qui lui permettent d'obtenir soit des cartes d'alimentation, soit des papiers d'identité. C'est son épouse Germaine qui les remet à ces démunis. Un ami de la famille, M. Blatz de Turckheim, fait partie de ces résistants bénévoles. Lucien retrouve aussi ses amis de Wintzenheim, Paul Hirlemann et René Schmitt, Léon Muller d'Eguisheim, et quelques autres. Il s'engage alors à fond dans la Résistance. 

Lucien Goetz en 1941 à Lyon, en compagnie de Paul Hirlemann (collection Paul Hirlemann)

Après un déménagement à Craponne (Rhône), à quelques kilomètres à l'ouest de la grande ville, son domicile, impasse des Landes, devient pendant un an le siège-refuge d'un émetteur radio en liaison avec Alger et Londres. A l'époque, les transmissions se faisaient en morse. Lyon est un haut lieu de la Résistance mais, hélas, aussi grand centre pour la Gestapo dans ses basses oeuvres ! Il n'est donc pas étonnant que Lucien et ses camarades demeurent nuit et jour sur le qui-vive. Suite à une dénonciation, des amis du couple, René Schmitt et Robert Clor sont arrêtés. Avec une chance inouïe, Lucien Goetz parvient à se sauver. Prévenu par Germaine, il saute par la fenêtre et court vers la forêt. Une voisine lui apportera des vêtements et un vélo. Son épouse doit remettre le poste émetteur, et elle comprend dans une conversation entre Gestapistes (en allemand) qu'ils viendront l'arrêter le lendemain, puisque dans un premier temps ils ont trouvé ce qu'ils voulaient. Suite à cette alerte, le couple Goetz rejoint le Maquis de la Vallée d'Azergues. A Lamure-sur-Azergues, Lucien est incorporé dans le bataillon F.T.P. du 14 juillet. Avec cette unité, il participe à la libération de Lyon puis, amalgamé dans la 1ere Armée Française, à celle de l'Alsace (Belfort-Thann) avec le 20e Bataillon de choc.

Sources : articles de presse de juin 1994, entretien de Guy Frank avec Lucien Goetz le 24 février 2003, article de Gérard Lincks dans l'Annuaire de la Société d'Histoire de Wintzenheim n° 8-2004.

Lucien Goetz est décédé à Colmar le 3 février 2004


Alphonse Woehrlé

Né le 1er décembre 1897 à Éguisheim, Alphonse Woehrlé est Alsacien de souche. Déserteur de l'armée allemande en 1915, il a été jugé puis condamné à mort par contumace. Installé à Lyon, il a repris en 1928 le fonds de commerce de son patron, 156 rue de Créqui. Toujours à la même adresse en 1939, il exploite avec son épouse une charcuterie-comptoir-épicerie pour la fabrication et la vente à emporter ou à consommer sur place de spécialités alsaciennes. Au moment de la débâcle, il accueille nombre d'Alsaciens qui, ne voulant pas retourner au "pays", sont dans l'attente d'un hébergement à Lyon. Jusqu'en juin 1942, époque où les frontières suisses et la crête des Vosges sont bouclées, il loge avec son épouse des évadés ou des jeunes Malgré-nous, incorporés contre leur gré dans la Wehrmacht. Il brûle leur uniforme dans la chaudière de son local. Après l'invasion de la zone (dite) libre le 11 novembre 1942 par les Allemands, Paul Hirlemann, Robert Clor, Charles Ingold et Léon Muller transforment, avec son plein accord, le lieu en un dépôt de documents, d'armes, de postes émetteurs et de matériel clandestin. Dans la cuisine et la salle à manger de son établissement, des agents codent ou décodent, tandis que d'autres sont dans l'attente de liaisons à effectuer, ou que d'autres, encore, dépannent du matériel ou prennent du repos. Alphonse Woehrlé est décédé à Lyon le 9 juillet 1968.

Maria Woehrlé

Née Helderlé à Colmar le 28 novembre 1905, Maria Woehrlé agit dans la clandestinité aux côtés de son mari. Leur établissement sert de centre de rencontre à des agents de la Résistance, originaires d'Alsace. Aux voisins intrigués par les nombreuses allées et venues de jeunes hommes, en remplacement d'une clientèle sans cesse en baisse, elle affirme qu'il s'agit là de jeunes gens de son village d'Alsace, sans famille en zone sud et heureux de pouvoir trouver un lieu de rencontre. Agent de la Résistance, elle oeuvre, comme son mari, dans le cadre du Réseau Amarante. Elle rend visite à des Alsaciens internés à la prison Montluc de Lyon pour récupérer leur linge sale, renfermant des messages. Maria Woehrlé est décédée à Lyon le 3 juin 1995.

Source : Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2824 engagements, Bruno Permezel, 2003


Charles Ingold, alias René Noël, à Lyon


LEXIQUE


RÉSEAUX

Réponse à des besoins immédiats, le plus souvent militaires, les Réseaux sont orientés vers l'action. Ils travaillent soit pour les Services de renseignements de la France libre (qui se transforme en France combattante), soit pour les Services secrets britanniques ou américains. Les Réseaux renseignent sur les effectifs, l'armement, la situation ou le mouvement des troupes allemandes, l'activité des usines et des arsenaux... Certains prennent en charge les évasions ou l'acheminement de personnes désireuses de gagner Londres ou l'Afrique du Nord (soldats britanniques bloqués en France pendant la débâcle, aviateurs tombés sur le sol français avec leur appareil, volontaires pour les services de la France libre, personnalités, prisonniers de guerre évadés...). D'autres encore effectuent des sabotages pour éviter des bombardements coûteux en vies humaines.

RÉSAU ÉLECTRE-BOULEAU

Organisation de renseignement créée à l'initiative du B.C.R.A., le Réseau Électre-Bouleau est homologué aux Réseaux renseignements et évasion des Forces françaises combattantes à compter du 1er juin 1942.

B.C.R.A. - BUREAU CENTRAL DE RENSEIGNEMENT ET D'ACTION

En juin 1940, le général de Gaulle forme à Londres un embryon de Service de renseignements des Forces françaises libres (F.F.L.) dont il confie la direction au capitaine Dewavrin (alias Passy). Le Bureau central de renseignement et d'action (B.C.R.A.) remplace en août 1942 le Bureau central de renseignement de l'action militaire (B.C.R.A.M.). Il prend en charge l'action politique en France. Les liaisons entre le B.C.R.A. et les Réseaux qu'il a organisés en France s'effectuent par radio, parachutages ou courriers transmis par la Suisse, l'Espagne ou le Portugal, et le plus souvent par avion. En 1943 à Alger, le B.C.R.A. devient la Direction générale des Services secrets (D.G.S.S.), avec Jacques Soustelle à sa tête.

RADIO

Chaque jour, la B.B.C. accorde quelques minutes de ses émissions aux résistants des différents pays occupés. L'émission Les Français parlent aux Français donne quelquefois la parole au général de Gaulle. Sa prise de parole est alors annoncée par la formule : "Honneur et Patrie, voici le général de Gaulle !". La B.B.C. égrène, avec des formules codées, des messages personnels dont la véritable signification n'est connue que des seuls destinataires : arrivée d'un résistant à bon port, annonce d'un parachutage... Le trafic radio en France occupée ne peut être que clandestin. Les Réseaux gèrent le renseignement au moyen de postes émetteurs et récepteurs, parachutés d'Angleterre. Les émissions radio se déroulent de préférence en ville pour éviter un repérage trop rapide par les appareils allemands de goniométrie qui, par triangulation, localisent les emplacements des postes clandestins. A l'heure convenue, l'opérateur radio entre en contact avec son correspondant au moyen d'un langage chiffré à l'aide d'un code.

FAUX PAPIERS

La police du gouvernement de Vichy et la Gestapo ont des listes noires. Les juifs, les résistants et les réfractaires au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) sont obligés de vivre dans la clandestinité complète. Toutes ces personnes traquées doivent se refaire une identité. Des complicités dans les préfectures, mairies et commissariats de police permettent à des faussaires de la Résistance de récupérer des exemplaires vierges de papiers officiels et les tampons pour leur authentification. Le lieu de naissance indiqué est souvent une ville bombardée où les archives d'état civil ont été entièrement détruites. Après le débarquement allié de novembre 1942, le choix des identités se porte souvent sur une ville d'Afrique du Nord, où toute vérification est désormais impossible. Certains maires résistants ajoutent une naissance au bas d'une page de registre d'état civil ou repèrent les noms de disparus ou morts en bas âge (nés dans leur commune) dont l'âge correspond à peu près à celui du demandeur.   

AGENT DE LIAISON

Les moyens de communication que sont les Postes, le téléphone et le télégraphe étant étroitement surveillés par les Allemands et les agents de la collaboration, les mouvements et Réseaux - pour faire face à cette situation - ont recours à des porteurs de messages qui se déplacent en train, à bicyclette ou à pied. Par précaution, ces agents de liaison ne connaissent en principe ni l'expéditeur, ni le destinataire des messages. Les plis sont déposés dans une boite à lettres qui peut être soit un boîtier placé dans le hall d'entrée d'un immeuble, soit le domicile d'une personne volontaire. Les femmes sont beaucoup utilisées pour ces missions car, moins suspectées, elles sont moins fouillées. Les agents des Réseaux sont immatriculés en France et en Angleterre. Ils sont classés par catégories (P2, P1 et P0) :
- les agents P2 signent un engagement jusqu'à la fin des hostilités. Ils sont à la disposition permanente et complète du Réseau. A ce titre, ils touchent une solde correspondant à leur grade ;
- les agents P1 donnent une aide régulière, tout en conservant leur activité professionnelle. Ils reçoivent des indemnités ;
- les agents P0 sont des agents occasionnels.

COURRIER

Les informations à destination des Forces françaises libres ou des Britanniques ne peuvent pas toujours être transmises par la voie des ondes (plans, photos et rapports). Des agents de liaison ont la responsabilité de transporter des documents à l'intérieur du territoire, mais aussi au-delà des frontières. Ces missions les conduisent à franchir la ligne de démarcation, les voies d'eau, les montagnes. Des avions atterrissent de nuit sur des terrains clandestins pour acheminer ou ramener des agents munis de sacs de documents. 

BOITE A LETTRES

Pendant l'Occupation, l'expression "boite à lettres" désigne soit un boîtier, situé dans un hall d'entrée d'immeuble et portant un nom imaginaire, soit une personne disposant d'un local (appartement discret, bistrot, magasin très fréquenté...) qui, volontairement, le met à disposition de l'action clandestine.

Source : Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2824 engagements, Bruno Permezel, 2003


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