Robert Graweyépicier, est né à Wintzenheim le 19 octobre 1924, de Joseph Grawey, cheminot (° 31.05.1895 Wintzenheim, + 16.01.1966 Wintzenheim) et de Jeanne Schaffar (° 27.11.1898 Wintzenheim, + 30.12.1972 Colmar). Il a un frère, René, né en 1922. Incorporé de force dans la Wehrmacht le 15 octobre 1942. Il épouse Marguerite Bader en 1948. De cette union sont nés trois enfants : Daniel en 1948, Christian en 1951, et Françoise en 1966. Robert Grawey, actuellement retraité à Bischwihr, fêtera ses 80 ans en 2004.
Robert Grawey, 78 ans (photo Guy Frank, décembre 2002) |
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Photo en tenue de sortie de la Wehrmacht. Octobre 1942 à Bad-Mergendheim.
1939 - Robert va avoir quinze ans lorsqu'éclate la guerre. Une "drôle de guerre" qui va durer neuf mois et qui amène à Colmar des soldats français désœuvrés, ce qui intéresse beaucoup la jeunesse locale.
1940 - Lorsque le 10 mai, les Allemands attaquent dans le Nord de la France, ses parents jugent prudent de le mettre à l'abri et l'envoient chez une tante à Pornic. Robert traverse seul une France en pleine pagaille et en plein chambardement. Il rentre à Colmar à l'automne et fait alors connaissance avec le nouveau régime.
1941 - Obligé de travailler et ne trouvant pas à s'occuper à Colmar, il part de l'autre côté du Rhin ; mais déjà les Allemands engagent les jeunes dans le RAD (Reichsarbeitsdienst) où la bêche remplace provisoirement le fusil.
1942 - Robert part donc au RAD tout en espérant que ce sera sa dernière expérience de vie en caserne, les Alsaciens ne devant en principe pas aller combattre dans une armée étrangère. Hélas ! A peine rentré du RAD, Robert qui vient d'avoir 18 ans doit passer un conseil de révision et est pris dans la machine de guerre allemande.
1943 - Malgré lui, "Malgré nous" pendant deux ans, il va connaître des aventures peu ordinaires : une campagne-retraite de Russie où il sera blessé (et décoré), une convalescence prolongée grâce à quelques bonnes bouteilles, un amour fou avec Anne-Laure, veuve d'un officier.
Automne 1944 - La guerre fait rage. Robert est renvoyé au front. Grâce à un paquet de cigarettes glissé à un sous-officier, il part à l'ouest, en Hollande, direction moins risquée qu'à l'est, vers le front russe où ceux-ci ne font pas de quartier.
Déserteur en octobre, il est fait prisonnier sous l'uniforme allemand par les Anglais qui refusent de reconnaître sa qualité d'Alsacien engagé de force. Il doit attendre plusieurs semaines avant d'être pris dans les forces alliées pour finir la guerre en 1945 sous l'uniforme américain puis français.
L'aventure de Robert n'est pas ordinaire. Traduisant un caractère où l'humour est le complément du courage, Robert s'en sortira grâce à sa débrouillardise et à son sang-froid.
Son aventure n'est hélas pas unique. C'est celle de 140.000 Alsaciens et Lorrains "Malgré-nous", engagés de force dans la Wehrmacht où 40.000 d'entre eux laisseront la vie.
Le témoignage de Robert Grawey est précieux. Il montre le drame de l'Alsace où les changements de nationalité et d'uniforme furent si fréquents. Il montre aussi le drame d'une jeunesse entraînée malgré elle dans une aventure guerrière qui la dépasse complètement alors qu'elle n'aspire qu'à travailler, aimer et vivre en paix.
Jean-Daniel Nessmann, Novembre 2000
Détail du sauf-conduit pour Pornic délivré le 1er juin 1940
1940, en revenant de Pornic
Dans le tram... Wintzenheim ! Mon cœur se serre. Voici enfin le moment que j'ai si ardemment désiré depuis plus de trois mois. La sourde appréhension qui m'étreint se dissipe peu à peu. Rien, en apparence, n'a bougé. Je reconnais ces pavés inégaux, terribles, qui font dire aux gens de Colmar qu'après Wintzenheim le monde s'arrête, tellement la traversée du village est difficile en raison du mauvais état de la route. Les caniveaux me rappellent les interminables parties de glissades que nous faisions, avant guerre, à la sortie de l'école, usant nos sabots au grand dam de mon père... (p.48)
1942, en revenant du RAD
Un tram brinquebalant me conduit à Wintzenheim. Le paysage est celui d'il y a six mois. Plus aucune trace de francisation. L'Allemand est là, solide, quasi inébranlable. Ca risque de durer... (p.120)
1943, retour de Russie, blessé
Le train commence à ralentir. Il n'y a pas de doute, c'est Colmar. Je reconnais sa petite banlieue... La place de la gare n'a pas changé. On croirait que le temps s'est arrêté ici depuis la dernière fois. Neuf mois plus tard, tout est identique. A présent il va falloir grimper sur ce maudit pont de la gare, car la halte du tramway, elle non plus, n'a pas changé : elle est toujours là-haut... (p.287)
1946, après la démobilisation
Début février, je reçois, ainsi que mes camarades, les papiers de démobilisation.
Mes parents étaient fous de joie de nous revoir tous deux, mon frère et
moi. Incorporé de force lui aussi, il s'était évadé lors de la retraite des
troupes allemandes en Italie et a été rapatrié en Juillet 1945.
Dans le village, nous étions 13 "Malgré
Nous" de la classe 1924. Quatre seulement sont revenus... (p.379)
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Hitler, qu'as-tu fait de notre jeunesse ?
Malgré le drame qui se cache derrière ses lignes, voici un livre sain, riche, amusant même parfois. Adolescent en 1939, Robert Grawey a traversé la guerre de part en part, d'abord spectateur de la "drôle de guerre", puis hélas, comme 140.000 de ses compatriotes alsaciens ou lorrains, acteur, mais du "mauvais côté". Engagé "malgré lui" dans la Wehrmacht, il participe à la campagne-retraite de Russie en 1943. Blessé, rapatrié sanitaire, il prolonge sa convalescence grâce à sa débrouillardise, mais sera renvoyé sur le front de Hollande en 1944. Déserteur de l'armée allemande, il est fait prisonnier par les Anglais qui tardent à lui reconnaître sa nationalité. Reconnu enfin, Robert troque son uniforme allemand pour l'uniforme américain et termine la guerre en 1945 sous l'uniforme français. Recueilli par Roland Pierrel, et préfacé par Jean Daniel Nessmann, le récit de son aventure est vif, alerte, bien écrit. Ce témoignage confirme, s'il en est encore besoin, que la guerre, toutes les guerres, sont pour la jeunesse des écoles de mort qu'il faut savoir traverser avec courage, détachement et aussi humour pour pouvoir en sortir sinon indemne, du moins prêt à continuer à vivre. Robert Grawey, Jérôme Do Bentzinger Editeur, 382 pages (Librairie Hartmann Colmar, 20 €) |
Notes de lecture proposées par Guy Frank, Janvier 2003
Recherche informations et documents sur les incorporés de force de Wintzenheim.