La fabrication des tuiles et des briques constitue une activité ancienne en Alsace, puisque de grandes tuileries ont fonctionné dès l'époque romaine dans la région de Seltz. Au Moyen-Age les tuiles "canal" puis les tuiles "plates" sont largement fabriquées dans notre région, tandis que la brique ne semble avoir été utilisée que pour des travaux particuliers comme la confection des voûtes. Au milieu du XIXe siècle, il existait en Alsace environ 250 fours à tuiles et à briques, répartis dans plus de 200 communes.
Source : Encyclopédie de l'Alsace, Éditions Publitotal, Strasbourg
Les légions romaines installées en Alsace y fabriquaient déjà des tuiles (à Strasbourg-Koenigshoffen notamment). Le grand nombre de lieux-dits contenant les termes de "Leimen" (argile) ou "Ziegel" (tuile)* fait référence à d'anciennes carrières d'extraction d'argile ou à des tuileries-briqueteries. Tuiles, briques et carreaux de sol étaient façonnées à la main puis cuites dans un four, parfois dans celui du boulanger, comme en témoigne un vieil emblème mixte de boulanger, briqueteur et tuilier de 1549 à Sélestat.
La confrérie des tuiliers, constituée en 1443 avec Colmar comme siège, couvrait l'ensemble de la plaine rhénane sur les deux rives du fleuve, soit de Wissembourg-Karlsruhe à Bâle-Mulhouse. Saint-Gall était le saint patron des tuiliers, qui tenaient leur réunion annuelle le dimanche suivant sa fête.
L'invention des tuiles mécaniques vers 1850 et leur fabrication industrielle mit un terme à l'activité artisanale des tuiliers. Il existe encore, à l'heure actuelle, un seul artisan tuilier (Hochfelden)**, qui continue à fabriquer à la main ses tuiles plates à "queue de castor" (Biwerschwànz), briques et dalles, ainsi que deux unités industrielles (Tuilerie de Bouxwiller et Bisch à Seltz, faisant partie du groupe Koramic).
L'emblème professionnel du tuilier comporte un ou plusieurs gabarits à modeler les tuiles plates en "queue de castor" (Biwerschwànz), qui couvrent traditionnellement nos toits.
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Cet emblème de 1611, qui se trouve 22 rue Saint-Nicolas à Riquewihr (Haut-Rhin), comporte 2 gabarits en sautoir + chrisme IHS *** On trouve des emblèmes professionnels de tuiliers à Ergersheim, Kronthal (Wasselonne), Riquewihr, Rosheim, Sarre-Union, Sélestat, Wasselonne, Wissembourg.
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Source : Alsace - Les artisans d'hier et leurs emblèmes, Maurice Ruch, Éditions Pierron, 2001
* Leimengrube (carrière d'argile), Ziegelacker, Ziegelfeld, Ziegelmatte (champ ou pré de la tuilerie), Ziegelscheuer (grange pour le séchage des tuiles). A noter qu'il existait à Wintzenheim un lieu-dit "Ziegelscheuer" (Source : Le Haut-Rhin, Dictionnaire des Communes en trois volumes, Raymond Oberlé et Lucien Sittler, Éditions Alsatia, 1982)
** Tuilerie-briqueterie Pierre Lanter à Hochfelden (Bas-Rhin), avec le seul four Hoffmann encore en activité en France, construit par Joseph Pfister en 1896
*** Chrisme : monogramme du Christ. Symbole religieux qui trouve sa place dans les inscriptions de nombreuses maisons alsaciennes. Les trois lettres J.H.S. représentent les initiales de "Jesus Hominum Salvator" (Jésus sauveur des hommes).
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Tuilerie artisanale Lanter à Hochfelden
Source : Alsace - Les artisans d'hier et leurs emblèmes |
Chargement d'un four de cuisson aux Tuileries Bisch à
Seltz, Source : La Revue Géographique et Industrielle de France |
A la lecture des cartes anciennes - et même moins anciennes, faisons référence par exemple au 1/25000ème allemand de 1882-85, on est frappé par la multitude des "tuileries" (Zgl = Ziegelscheuer, littéralement grange pour le séchage des tuiles), pour la plupart en réalité des briqueteries-tuileries, c'est-à-dire qu'elles fabriquaient à la fois des briques et des tuiles. Déjà la carte de Cassini * en indique une quarantaine pour le seul département du Haut-Rhin. Et l'exploitation s'intensifie : N. Stoskopf en dénombre 133 en 1820 et 183 en 1852, pour le seul Bas-Rhin. Le vingt-cinq millième allemand de 1885 en offre une douzaine pour les seuls faubourgs nord de Mulhouse, dont 6 à Bourtzwiller. Le déterminisme géologique joue évidemment le premier rôle.
Une telle "tuilerie" est en effet une entité comportant la carrière ou Leymgrube - généralement de lœss, mais parfois de terres plus rares - et la fabrique. Cette dernière comprend les installations de malaxage de la pâte, de mise en forme des produits et de séchage des briques ou tuiles crues, enfin le four et le lieu de stockage des productions.
Dans la très grande majorité des cas, il s'agit de petites unités de production, qui employaient tout au plus une dizaine d'ouvriers.
Source : Les belles fabriques, un patrimoine pour l'Alsace, Pierre Fluck, Jérôme Do Bentzinger Éditeur, 2002
Nota : Pierre Fluck est responsable du CRESAT (Centre de Recherche sur les Sciences, les Arts et les Techniques) à l'UHA (Université de Haute Alsace). Ce laboratoire de recherches aborde l'histoire industrielle dans toutes ses dimensions technique, économique, politique, sociale, événementielle, environnementale, et accorde une part importante à l'approche par le terrain (archéologie industrielle).
* La Carte de Cassini : c'est à l'initiative de Louis XV, impressionné par le travail cartographique réalisé en Flandre, qu'est levée la première carte géométrique du Royaume de France. César François Cassini de Thury dit Cassini III, fils de Jacques, est chargé de réaliser ce travail à l'échelle "d'une ligne pour cent toises", soit 1/86400e. La carte s'appuie sur le réseau géodésique que viennent d'établir (de 1683 à 1744) Jean-Dominique Cassini et son fils Jacques (père de Cassini de Thury). Les levées commenceront en 1760 avec César François Cassini de Thury et se termineront en 1789 avec son fils, Jacques Dominique Cassini. La publication sera retardée par les événements de la Révolution pour n'être achevée qu'en 1815. Ce sont quatre générations de Cassini qui se seront consacrées à la réalisation de la carte qui mérite de porter aujourd'hui le nom de cette famille. La carte de Cassini servira de référence aux cartographies françaises des principales nations européennes pendant la première moitié du XIXe siècle.
Au début du XIXe siècle, les tuileries sont nombreuses, artisanales, et installées à proximité immédiate des carrières d'où est extraite l'argile qui constitue la matière première. La tuile est alors le produit d'une semaine de travail : préparation et malaxage des argiles, formage, séchage et cuisson des galettes, transport sur les aires de stockage, tout un enchaînement d'activités qui s'est perpétué sans changement dans de nombreuses tuileries jusqu'à une époque pas si lointaine.
En toute logique, les tuileries tendent toujours vers un rapprochement maximum des lieux d'extraction de ceux de la production, de manière à diminuer le coût du transport. L'exploitation des carrières qui alimentent la tuilerie se fait exclusivement de manière manuelle, selon une technique immuable. Les ouvriers sapent à la main la base du front de taille avec la pioche et la barre à mine. Ensuite, ils font ébouler l'ensemble par le dessous, puis chargent l'argile dans des charrettes tirées par des chevaux jusqu'à la tuilerie. Ce mode d'extraction du lœss* et de la marne* est la raison pour laquelle les carrières ne sont souvent profondes que de 10 à 12 mètres. Par contre, la surface est très étendue.

Une fois l'argile extraite et transportée à la tuilerie, le mélange terre jaune et terre bleue est écrasé et mouillé dans un broyeur avant de passer dans un laminoir. Cette préparation achevée, la terre est stockée dans des fosses à terre régulièrement arrosées. Le mélange repose ensuite durant 10 à 15 jours, c'est le "pourrissage de la terre"*. Cette pâte est ensuite ressortie à la main des fosses pour être envoyée dans l'atelier de fabrication.
La terre passe alors dans des mouleuses qui forment des galettes* découpées et stockées à la main, près du plaqueur. Le plaqueur est chargé de mettre les galettes sur les moules de la presse (de les plaquer). Le recueillage consiste, une fois la tuile formée, à la sortir de la presse pour la poser sur des planchettes de séchage pour qu'elles ne se déforment pas.
Les tuiles sont ensuite chargées sur des claies, transportées vers les séchoirs à chambre qui se trouvent au-dessus des fours, c'est le travail du rouleur. Toutes ces opérations sont manuelles. A noter que les planchettes de séchage proviennent de menuiseries appartenant à la tuilerie ou situées à proximité. Le séchoir à chambre utilise la chaleur récupérée du four grâce à des vannes ouvertes au fur et à mesure de l'avancement du séchage des tuiles. La durée du séchage est de sept à huit jours.
Les tuiles sont ensuite chargées sur des balancelles puis sur des brouettes et empilées dans le four. C'est la phase de l'enfournage, puis du défournage environ une semaine après. Le défourneur est également chargé de sortir les tuiles dans la cour qui sert d'aire de stockage. Les premiers fours sont entièrement murés après leur remplissage, le mur étant ensuite détruit pour le dépilage. C'est le travail du maçon.
L'industrie tuilière est une industrie de transformation de la terre, plus précisément de l'argile, par une cuisson à très haute température. L'univers quotidien de l'ouvrier tuilier est fait de terre, d'eau, de feu. Autant dire que les conditions de salubrité des tuileries sont déplorables. Inutile de revenir sur l'extraction de la terre qui s'effectue par tous les temps. Au sein de la tuilerie même, la poussière de l'argile attaque les poumons de tous les ouvriers. Cette poussière tombe des séchoirs, souvent placés à l'étage. Les maladies pulmonaires (pleurésies) sont fréquentes. Elles touchent massivement les enfourneurs et les défourneurs. Symboles de l'ouvrier tuilier, ces hommes travaillent dans l'enfer des fours qui ne sont jamais éteints et où règne au moment de l'enfournage et du défournage une température de + 50 °C, parfois plus encore. Pour accomplir leur travail, ces ouvriers se couvrent de sacs mouillés. On imagine les conséquences sur la santé, lorsqu'en hiver, ils effectuent la navette entre l'intérieur et l'extérieur avec les brouettes chargées de tuiles cuites.
La Biberschwantz, également appelée tuile plate, est une plaque de terre cuite rectangulaire, ou avec une extrémité arrondie. Sur sa face extérieure, elle porte un crochet ou nez qui permet de la fixer sur les liteaux et l'empêche de glisser. Elles sont placées côte à côte, se recouvrant les unes les autres. Une longue expérience a prouvé que pour avoir une toiture étanche, les deux tiers de la tuile doivent être recouverts. Cette couverture a donc l'inconvénient d'être lourde et coûteuse puisqu'il y a trois épaisseurs de tuiles superposées.
La Biberschwantz a été remplacé par un modèle de tuile révolutionnaire : la tuile mécanique ou à emboîtement, brevetée par François Xavier Gilardoni en 1841. Ces tuiles novatrices, encore appelées "tuiles d'Altkirch" ou "tuiles losangées" s'emboîtent les unes dans les autres, ce qui garantit une étanchéité maximale. Enfin, ces tuiles étant plus grandes, la charpente nécessite moins de lattes, ce qui n'est pas sans influence sur le prix de revient d'une toiture.
Source : Wolfersdorf, Retzwiller et les Gilardoni, un passé
tuilier 1864-1975
Julien Steinhauser, mémoire de maîtrise, UHA 1996-97 (ADHR
MS 966)
* Lœss : limon d'origine éolienne de couleur jaune. Le lœss est ce que les ouvriers appellent la "terre jaune". Il entre pour environ 30 % dans la composition du mélange de la terre, matière première pour la fabrication des tuiles et briques.
* Marne : roche sédimentaire argileuse contenant une forte proportion de calcaire. C'est la "terre bleue" qui compose plus de 65 % du mélange utilisé aux tuileries.
* Pourrissage : phase de la fabrication qui consiste à laisser reposer dans des fosses à terre, pendant 10 à 15 jours, le mélange lœss, marne.
* Galette : ébauche de la tuile destinée à être placée sur les moules de la presse.
Les Archives Municipales de Wintzenheim conservent un parchemin (dimensions : 46 x 26 cm) attestant la vente d'une tuilerie à Wintzenheim

Détail du parchemin scellé par les sceaux des deux Schultheissen de Wintzenheim, Marx Spenlin et Hannsen Kusster, le lundi 10 avril 1570
2,0 (largeur) x 2,5 (hauteur) cm environ |
diamètre : 2,5 cm environ |
(photos Guy Frank, 11 février 2004)
Résumé : Anthoni Vassion a vendu sa tuilerie à la commune de Wintzenheim.
Texte complet du parchemin :
Ich Anthoni VASSION der Ziegler vonhafft zùe Wÿntzenheim bekhenn und thùen khùndt allermenigelichem mit diben brieff das Ich aùb wolbedachtem synn (2) und müeth von bessers meins nützes und fròmen willen eins aùffrechten rhedlichen Stoethen vesten Ehewigen und ùnwiderruefflichen khaùffs verkhaùfft und zùekhaùffen geben habe gibe aùch hiemit (3) für mich all meine erben und Nachkhomen inn der aller besten und bestendigisten form mab und gestalt das nach ordnùng der Rechten aùch dib Landts gebraùch und gewonheit zùm Chrefftigisten (4) und bestendigisten beschehen solle khan und mag wissentlich inn Chrafft dib brieffs zùe khaùffen. Den Ehrsamen und wolbescheidnen Schùltheissen meistern und Gericht zùe Wÿntzenheim (5) die aùch Ihnen Innamen und von wegen des gemeinen fleckhen daselbsten und allen Iren Nachkhomen allso umb mich erkhaùfft haben, namlichen den Ziegelhoff und Scheùren sempt (6) altem begriffRechten und zùgehörten alls Zendtner gewicht model Flachtachpretter und was sonst dar zùegehörig sein mag wie dann solliches Ziegelhoff unden vor dem dorff Wÿntzenheim (7) gelegen Einseit neben dem Allmanden weg Anderseit neben CHRISTMANN Märcklin, stost vornen an die Allmend strab hinden ùff gemeltten Christmann Märcklin, ist frey ledig eigen, (8) Niemandts versetzt versehrt Zinbhafft verbùnden noch beladen aùch weder wÿ dem Morgengab noch Lehen, das behald Ich beÿ meinen wahren güetten treuwen und ehren so Ich harùmb ge (9) lopt und gegeben habe, Unnd allso ist solliches Redlicher Kaùff hierüber zùgangen und beschehen für und umb Zweÿhùndert Zwentzig und Neün gùldin ye dreytzehenthalben Schil- (10) ling Rappen gùetter genger und genemes Landteswerùng für den güldin gerechnet die Ich allso bar von gemeltten Schùltheissen und meistern Innamen des gemeinenn Fleckhen (11) empfangen und inn andern meinen bessern nùtz verwendet habe, sage debhalben für mich und meine Erben gedechte Kheüffer und all Ire Nachkhomen solcher khaùffsùma hie= (12) mit quitt frey ledig und lob. Hierùmben so habe Ich verkheüffes obbemeltten Ziegelhoff und Scheür mit aller zùgehörten und gerechtigkheit, Inen den obbenantten Kheüf= (13) fern und allen der selben nachkhomen zùe Iren handen und gewaldt auffgeben und geferttiget mit mùnd und hand wie Recht und gewonheit ist und sie Inn nützlich gewalt und gewer gesetzt (14) allso das sie Kheüffere Innamen des gemeinen fleckhen und desselben Nachkhomen bedachten Ziegelhoff und Scheür nùnhinfürtter allwegen rüewigelich Innhaben besitzen braùchen, nùtz (15) niessen entsetzen verendern, verleihen, verkhaùffen und sonst damit alls mit andern des gemeinen Fleckhen eigenen haab und gùettern fahren, schaffen, handlen, thùon und lassen sollen (16) und mögen mein und meiner erben noch sonst allermenigelichs halbe onverhindert und ohngeirzt, dann Ich mich obberuerttes Ziegelhoffs und scheüren mit allen zùgehörden, für (17) mich meine erben und nachkhomen gentzlich entsetzt und verzigen hab denen nit mehr vorderùng ansprach Recht noch gerechtigkheit weder umb Erbschafft eigenschafft lobùng gewalt (18) noch gewer zù haben noch zùe gewinnen daran nicht vorbehaltten überal kheinerleÿ weibe sonder hab debhalben gelopt und unser herr dar Ich meine erben und nachkhomen follgen (19) verkhaùff war vesst und stätt zùhaltten und Inen kheùffern Innamen obsteth und allen derselben Nachkhomen solche Ziegelscheür mit aller gerechtigkheit für frey ledig eigen (20) weren und Ir Rechte weren sein wa wann und so offt sie dessen bedörffen und nottürfftig sein werden, mitt solchen fürwortten wa Inen kheùffern Innamen des gemeinen dorffs (21) oder deren Nachkhomen daran Imereinich Irzùng Intrag oder gebrechen begegnen oder sich einicherley beschwerden daraùff erfinden oder das sie sonst dessen von ÿemanden endtwerth (22) würden wenig oder vÿl solchen gebresten Costen und schaden den sie debhalben leÿden sollen wir Ihnen aùff Ir erworden yeder zeit abtragen und schadlob haltten oder sie mögen uns (23) darùmben ahn allein unsern haab und güettern ligenden und wahrenden angreiffen und bekhümbern die pfennden umb schlagen und verkhaùffen so lang und vÿl bib Inen ein (24) ganz güet vollkhomen werschafft beschicht sampt allem costen und schaden. Darùos soll mich meine Erben und Nachkhomen nichts freyen, schützen noch schirmen einiche (25) gnad freỳheit weder gericht noch Recht Geistlichs noch Weltlichs khein gemein noch sonder Exception auffsatzùng oder gewonheit der Fürsten, Herren, Stett, Hoff noch Landt (26) rechten aùch sonst khein behilff aùbzùg find lùst untreüw sach noch gewerde so ÿemand schirms weibe hierwider erdennekhen khöndte oder möchte. Dann Ich mich dessen alles (27) sampt dem Rechten gemeiner verzeihùng ohne sùnderùng widersprechende für mich, meine Erben und Nachkhomen wissentlich und Inn Chrafft dib brieffs vertzigenn (28) und begeben habe alles Erbarlich gethreüwlich und ohngevorlichen. Dessen zùe einem wahren Stäthen und vessten ürkhùndt. So haben wir obgedachte verkheüffer (29) und kheüffere mit vleib und ernst gepetten und erbetten die Ersamen Marx SPENLIN denzeit des Heiligen Reichs, und Hannsen KÜSSTER der Herrschafft Landt= (30) sperg ùnd beide Schùltheissen alhie zùe Wÿntzenheim, das sie zùe bestettigùng und mehres gezeügnùs Ir eignen Insigeln offentlich doch Inen Iren erben und nachkhomenn (31) Inn allweg ohne schaden an diben brieff haben gethon hennekhen, welliches wir yetzbemeltte beid Schultheissen In massen harinn geschriben stoht umb pitt und des gemeinen (32) fleckhen willen bekhenn gethon haben. Dergeben ist aùff montag den Zehenden tag des monats Aprilis nach Christi ùnnsers lieben Herrn Erlöbers und Seligmachers gebùrt zalende feùnfftzehenhùndert unnd Im Sÿbentzigisten Jare. Source
: Archives Municipales de Wintzenheim (texte transcrit par Charles Schillinger, archiviste de la Société d'Histoire de Wintzenheim. Les numéros entre parenthèses correspondent aux lignes du parchemin) |
Moi, Anthoni VASSION, le tuiler, habitant à Wintzenheim, annonce à tout un chacun et certifie par cet acte que, en mon nom et en celui de mes héritiers, j’ai vendu la tuilerie (avec le hangar et tous les accessoires tels que poids de 100 kg, moules, planches, etc...) située devant le village de Wintzenheim et limitée d’un côté par un chemin communal, de l’autre par les biens de Christmann Mäercklin, à l’avant par la route communale et à l’arrière la propriété de Christmann Mäercklin. Cette vente est faite de façon honnête et irrévocable, selon le droit et les usages du pays, aux honorables Schultheiβ*, maîtres et membres du conseil.
Je déclare sur mon honneur et en vertu du serment que j’ai prêté que cette propriété n’est pas donnée en gage ni en bail, ni grevée par des charges ou des loyers, et n’est pas le Morgengab* d’une veuve.
Les acquéreurs ont acheté ce bien, en leur nom et en celui de toute la commune, pour la somme de 227 florins à dix-sept demis Schilling-Rappen calculés selon la valeur qui a cours dans ce pays. Cette somme m’a été payée comptant.
Ils en prennent possession au nom de l’ensemble du bourg, et pourront à l’avenir en disposer à leur guise comme ils le font avec tous les autres biens de la commune.
J’ai juré en mon nom et en celui de mes descendants et successeurs de renoncer entièrement à cette tuilerie qui appartient de plein droit aux acquéreurs et m’engage à ne faire aucune demande ni réclamation.
Si les nouveaux propriétaires subissent quelque préjudice ou dommage, s’ils rencontrent peu ou prou de dol*, nous les indemniserons à leur demande. Ils pourront s’en prendre à nos biens mobiliers et immobiliers, les saisir et les vendre jusqu’à la valeur totale de ce qui leur est dû. De ceci, rien ne peut me dispenser ni libérer ni protéger ni dégager, moi et mes héritiers, ni grâce, ni immunité par un tribunal, ni par le droit régulier ou séculier, aucune exception simple ou extraordinaire, aucun règlement ou usage des souverains, des seigneurs, des villes, de la cour et de la région, ni aucune autre aide que quelque protecteur pourrait ou voudrait imaginer contre cette vente. Car je me suis dessaisi de cette propriété en mon nom et en celui de mes héritiers en connaissance de cause et en vertu de cet acte.
La vente a été faite honnêtement et sans tromperie aucune.
Nous avons prié les vendeurs et les acquéreurs nommés ci-dessous les honorables Marx Spenlin, l’actuel Schultheiβ du Saint Empire et Hans Küsster, celui du Landsperg, tous deux de Wyntzenheim d’accrocher publiquement leur sceau au bas de ce document pour certifier que cet acte est véridique, authentique et irrévocable.
Les deux Schultheiβ ont accédé à cette demande dans l’intérêt de l’ensemble du bourg. Fait le lundi, dixième jour du mois d’avril, alors que l’on comptait la quinze cent soixante dixième année après la naissance de Christ notre Seigneur, Rédempteur et Sauveur. (texte traduit par Jacqueline Strub, membre de la Société d'Histoire de Wintzenheim) |
* Schultheiβ : souvent traduit par "prévôt", le Schultheiss était un personnage qui représentait le seigneur propriétaire d'une ville ou d'un village. Il était en quelque sorte un "maire seigneurial" sans pouvoir propre, une sorte de syndic et d'administrateur.
* Morgengab (don matinal) : don que fait le mari à son épouse après la nuit de noce. En réalité, ce don, qui peut être de l'argent ou des biens immobiliers, est déjà défini dans le contrat de mariage, et la femme n'en devient propriétaire qu'après le décès du mari. Ce bien lui est réservé et ne fait pas partie du patrimoine à partager.
* Dol : manœuvre frauduleuse cherchant à porter préjudice aux intérêts de quelqu'un en l'incitant à accepter des conditions désavantageuses.
En 1625, le tuilier Élie Buol qui habitait la tuilerie, fut autorisé à élever sur son champ qui était situé au bord de la route, une nouvelle construction ; en revanche, la commune lui imposa l'obligation de payer au bourg un intérêt de quatre florins et de lui remettre six quintaux de chaux, de même que 400 tuiles par cuisson. Ayant quitté, deux ans plus tard, Wintzenheim pour Marbach, le sieur Laurent Meyer, après avoir accepté les conditions auxquelles son prédécesseur avait dû se soumettre, lui succéda. L'un et l'autre, durant tout le temps qu'ils exploitèrent la tuilerie, reçurent de la commune, à titre gracieux, le bois nécessaire à deux cuissons, les frais de transport étant toutefois à leur charge ; la tuilerie accordait, du reste, au point de vue des prix, certaines faveurs aux habitants de Wintzenheim. {...}
Le gentilhomme Escher de Binningen, comme la seigneurie du Hohlandsbourg du reste, était propriétaire à Wintzenheim d'une métairie, à l'usage de laquelle il obtint, en 1627, la livraison de bois provenant des forêts communales. Une requête présentée par Escher en 1626, en vue de pouvoir dorénavant se procurer des tuiles à la tuilerie du bourg aux mêmes prix que les habitants de Wintzenheim, fut rejetée.
Source : Perles d'Alsace, Tome III, Auguste Scherlen, Imprimerie Alsatia Colmar, 1934 (page 379 et 383)
Le 31 janvier 1795, François Joseph Freyburger demeurant à Wintzenheim cède, moyennant la somme de 50 livres, son bail emphytéotique de la tuilerie de Wintzenheim à Louis Biller et sa femme Élisabeth Peter demeurant à Wintzenheim. Ce bail avait été adjugé le 3 août 1778 par devant le bailly Reiset au profit de Joseph Gaedé et de son épouse Anne Marie Riby, qui l'ont eux-mêmes cédé à F.J. Freyburger le 31 décembre 1788.
Les conjoints Biller s'engagent à payer le canon annuel emphytéotique de soixante livres à la commune de Wintzenheim. La cession est approuvée par Joseph Muller, maire, et Michel Weinmann, agent national de la municipalité, agissant au nom de la commune de Wintzenheim.
L'acte de cession est dressé par Me Nancé (sic) et Meyer, notaires en résidence à Colmar, le 11 Pluviose An 3 (31 janvier 1795).
Source : Archives Municipales de Wintzenheim (AMW – N)
Une enquête de statistique industrielle menée dans le département du Haut-Rhin en 1826 fait apparaître 7 établissements dans la commune de Wintzenheim :
- 2 tissages de coton, employant 44 ouvriers, fabricant mousselines et calicots
- 1 tuilerie, 2 ouvriers, chaux, tuiles, briques
- 3 moulins à farine, 7 ouvriers, farine de froment, orge, seigle
- 1 atelier de clouterie, 1 ouvrier, objets divers.
Pour ce qui concerne la tuilerie, le tableau indique que le taux moyen de salaire de chaque ouvrier se monte à 6 F par semaine (7 F pour les tissages de coton, 4 F dans les moulins à farine). Le salaire annuel est de 150 F, ce qui laisse à penser que la tuilerie n'emploie ses ouvriers que 6 mois par an.
Quantité moyenne et annuelle de matières premières utilisée pour son activité :
- 300 stères de bois
- 20 tombereaux de sable
- 100 voitures de terre grasse (argile)
- 26 mètres cubes (ou 14 toises) de pierres à chaux.
Vers 1826, la tuilerie de Wintzenheim produisait annuellement :
- chaux : 1.000 quintaux (100.000 kilos)
- tuiles : 30.000 pièces
- tuiles creuses : 600 pièces
- briques : 15.000 pièces
Pour une valeur approximative de 3.540 Frs.
Source : ADHR 9M8, Statistique industrielle - État des établissements d'industrie, d'arts et métiers existant dans la commune de Wintzenheim au 27 septembre 1826.
Où se situait la tuilerie de Wintzenheim ?Comme l'attestent d'anciens plans, et notamment le plan d'arpentage de la banlieue de Wintzenheim datant de 1762, " l'enclos de la thuillerie " se trouvait près de la basse-porte, à l'emplacement de l'actuel restaurant "La Ville de Colmar" et du hangar du viticulteur Bernard Staehle donnant rue Castelnau (anciennement Steingartengasse). Le tuilier trouvait ainsi à proximité l'eau du "Waschbach" qui coulait le long de la rue Principale, et l'argile qu'il cherchait probablement dans la "Leimengrube", au pied du chemin du Hengst. Au bout de la rue Castelnau, à l'angle de la rue du Mal Joffre, se trouvait une scierie susceptible de lui avoir fourni les planchettes de bois nécessaires pour le séchage des tuiles.
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Le four se trouvait près du hangar, au centre de la
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Détail du plan de Wintzenheim de 176266 = Leimengrub Egert, terrain inculte 67 = Stiermatt 32 = Unter Thor Matt 12 = Zur Spiel Gaß 50 = Steingarten 75 = Enclos de la Tuillerie 49 = Spiel Gäßlein Source : ADHR, C 1177 / 12
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René Meyer se souvient :
Dans le temps, et encore après la Seconde Guerre mondiale, les viticulteurs de Wintzenheim cherchaient de l'argile sur le flanc de la colline, au pied du chemin du Hengst, au lieu-dit Bierkeller. Une couche de 5 à 10 cm de cette argile était utilisée pour recouvrir les cuves (Bottiche) de marc de raisin, pour les rendre imperméables à l'air et éviter les moisissures. Chaque semaine, on remouillait ce "mortier" et on lissait l'argile, pour empêcher son dessèchement et colmater les éventuelles fissures. Les marcs étaient conservés ainsi jusqu'à leur distillation.
Photo Guy Frank, 12 décembre 2002 |
Je remercie tout particulièrement pour leur précieuse collaboration :
- Claude Belland, Wintzenheim
- André Hugel, Riquewihr
- Pierre Lanter, Hochfelden
- René Meyer, Wintzenheim
- Charles Schillinger, Wintzenheim
- Jacqueline Strub, Wintzenheim
- les Archives Départementales du Haut-Rhin (ADHR)
- les Archives Municipales de Wintzenheim (AMW)
- la Bibliothèque Municipale de Colmar (BMC)
Copyright Guy Frank, Wintzenheim 2003
Pour la poursuite de cette étude, Guy FRANK recherche tous témoignages,
documents, photos, gravures,
plans et informations sur la tuilerie et les carrières d'argile de Wintzenheim.