Lise
Tornare, fille de Madeleine et Charles Baumann (photo Guy Frank, 27 juillet
2004)
Pendant la guerre, le typographe et résistant Charles Baumann habitait, avec sa famille, au 81 rue Clemenceau. Son épouse Madeleine, née Meyer, exploitait le petit "ECO" à droite de l'épicerie Stoll, près du Galabrunna. Le 19 décembre 1944, elle se rendit avec son mari à l'abri anti-aérien de l'hôpital tenu par des sœurs garde-malades. Il était situé Hauptstrasse 1 (1 rue Principale), et elle savait que la sage-femme, Madame Grawey, s'y trouvait. Et c'est dans cette cave, au milieu de 200 personnes qui s'y étaient réfugiées, que naquit Lise Baumann, à 18h30 précises. Elle raconte la suite :
Comme il n'y avait pas d'électricité, plusieurs personnes tenaient des
bougies pour éclairer et permettre à la sage femme de mener à bien
l'accouchement. Tout de suite après ma naissance, elle m' a ondoyée *. La
frayeur avait arrêté net la montée de lait de maman, et dès le premier jour,
j'ai été nourrie au lait de vache tiédi à la bougie. Pour éviter que je ne
sois écrasée par les mouvements de foule lors des bombardements d'artillerie,
mes parents m'avaient placée dans un panier à linge en osier, et suspendue au
plafond de la cave.
Le petit magasin exploité par Madeleine Baumann 81 rue Clemenceau (photo Guy Frank, 3 août 2004)
Ils s'étaient accordés pour m'appeler Claudine. Mais quand mon père s'est rendu à la mairie pour déclarer ma naissance, le maire Irrmann a refusé ce prénom de consonance française. Comme les bombardements ont empêché mon père de retourner à l'hôpital pour demander l'avis de maman, il a décidé seul de m'attribuer les prénoms de mon arrière grand-mère Marie-Louise et de ma grand-mère maternelle Caroline. C'est ainsi que, dans mon acte de naissance, je m'appelle Marie-Luise, Karoline.
Quelques jours plus tard, le 28 décembre, Monique Kling, la fille du coiffeur qui habitait 2 Wolfsgasse, est née dans les mêmes conditions à l'hôpital de Wintzenheim.
Comme j'ai survécu à cette naissance sous les bombardements, ma mère a tenu à ce que tous les ans, à ma date anniversaire, je remercie la Vierge en déposant un bouquet de fleurs à la chapelle de l'hôpital...
Source : témoignage de Lise Tornare recueilli par Guy Frank le 27 juillet 2004
* Ondoyer : dans le temps, les risques à l'accouchement étant importants, la sage-femme pouvait procéder, s'il y avait danger de mort, à l'ondoiement du nouveau-né. En présence de deux témoins, elle lui administrait le baptême (seule l'ablution baptismale était faite, sans les rites et les prières habituels).
Copyright Guy Frank 2004