2 février 1945 : la Libération de Wintzenheim


La Libération a marqué la fin d'une guerre qui a duré 4 ans et demi et qui a coûté de nombreuses vies. Le 2 février 1945, l'occupant n'opposa qu'une faible résistance, la pièce était jouée. Les troupes alliées n'eurent pas grand mal à déloger l'ennemi. C'est à peine si quelques coups de feu furent tirés de part et d'autre. 


(photo Guy Frank, 2004)

Le 2 février à Wintzenheim

Le dénouement était proche. M. Tannacher et quelques résistants locaux, au cours d'une réunion secrète à Saint-Gilles, avaient appris du curé Vuillemin de Zimmerbach, lequel avait pu établir un contact avec les Alliés aux Trois-Epis, que "c'était pour bientôt". Dans les derniers jours de janvier, les Allemands firent mine de résister à Wintzenheim : des tranchées furent creusées, des arbres abattus en travers des routes, toutes sortes de chicanes élevées. Pour essayer d'enrayer l'avancée des troupes alliées, les Allemands érigèrent trois barrages antichars dans la rue Clemenceau, rue de Turckheim et rue du Logelbach. Ces barrages étaient érigés à l'aide de grumes et de pierres tombales provenant du cimetière israélite sauvagement saccagé. Même les morts n'échappaient pas à la barbarie des envahisseurs. La Wehrmacht allait-elle s'accrocher et provoquer une attaque en règle de la part des Alliés ?

M. Tannacher se souvint à ce moment de l'épisode de juin 1940, lorsque, déjà maire de la commune et face à l'envahisseur allemand qui approchait, il avait cherché le moyen de préserver Wintzenheim d'une destruction inutile. Après avoir soupesé le pour et le contre, il devait prendre une décision lourde de conséquence : demander au commandement français que la ligne de défense prévue à Wintzenheim fût déplacée dans la vallée de Munster. Ce qu'il obtint finalement, au grand soulagement de la population. 

Cependant, M. Tannacher, le 2 février 1945, n'eut pas l'occasion de subir un nouveau drame de conscience. "Le matin de cette journée, rappelle-t-il, j'entendis subitement frapper à la porte de ma maison. Une voix demanda en français : Y a-t-il des Allemands à Wintzenheim ? J'indiquai aux libérateurs, car il s'agissait de l'avant-garde de ceux-ci, le réduit ennemi du "Bierkeller". Mais les troupes allemandes étaient en train de fuir, en emportant leur batterie de canons. Ils pensaient échapper à l'encerclement en empruntant à Saint-Gilles le chemin de ce qui allait être plus tard la route des Cinq-Châteaux. Tous furent faits prisonniers peu après dans la région de Rouffach."

En fait, les Alliés s'étaient emparés de Wintzenheim par surprise. Au lieu de déboucher de la vallée de Munster, où les Allemands les attendaient, ils vinrent avec leurs chars de Colmar et de Logelbach en coupant à travers les vignes. Le vignoble fut durement malmené par les nombreux blindés.

Photo : sur le char "Alsace", place de l'église, Fernande Scherrer et Élise Kratzer (collection privée F.G.)

Enfin, le 2 février vers 16h15, les blindés français du sous-groupement A du lieutenant colonel du Breuil, appuyé par les combattants du sous-groupement B du commandant Préval* atteignirent les quartiers périphériques à l'Est du village et traversaient quelques minutes plus tard les rues de Wintzenheim sous les acclamations délirantes de la population. Une colonne de 20 chars Sherman, de chars de combat plus petits et d'auto-mitrailleuses, avait remporté la victoire. Ce fut un jour de liesse, car il marquait la fin d'une tragédie et des hostilités pour la population. 

L'accueil fait par la population aux libérateurs fut délirant, comme partout ailleurs. Dans la journée du même 2 février, des fonctionnaires de la préfecture, à Colmar, vinrent trouver M. Tannacher. Maire obligé par l'occupant de démissionner en 1940, il fut pressenti pour prendre derechef en main l'administration municipale. "Voulez-vous accepter à nouveau le poste de maire ? J'ai cherché mon écharpe de maire français, que j'avais conservée durant les années de l'occupation, et je m'en suis ceint".

Malheureusement, au-delà de la libération, la mort continua de rôder autour du village qui fut pendant plusieurs jours encore le point de mire des mortiers de la Wehrmacht. La cité connut de nombreux dégâts matériels et fut largement endeuillée. Le 1er février, on enregistra le décès d'Alice Schwartz. Après la Libération, trois enfants (dont les deux enfants Anthony) et plusieurs adultes furent encore blessés ou tués. Mais c'était là le dernier soubresaut de la guerre qui s'éloignait. Wintzenheim pouvait enfin songer à panser ses blessures.

Ce fut par la suite une série incessante de fêtes et de cérémonies, au fur et à mesure du passage dans la cité de nouvelles unités de l'armée de la Libération. Après avoir assuré le redémarrage de l'administration française à Wintzenheim, le maire de la Libération se démit de ses fonctions lors des élections d'octobre 1945. 

Sources : 

- DNA du 24 et 26 janvier 1975
- L'Alsace du samedi 2 février 1985

- DNA supplément Janvier 1995
- DNA du mardi 2 février 1999
- DNA du vendredi 28 janvier 2000
- DNA du 1er et 4 février 2003

 

*Sous-groupements du CC4, Combat Command n° 4 du général Guy Schlesser, l'un des fers de lance blindés de la 5e DB du général Henri de Vernejoul, au sein de la 1ère Armée commandée par le général de Lattre de Tassigny.

 


A Wintzenheim, l'avenue du Maréchal Jean de Lattre de Tassigny 1889-1952, rappelle qu'il fut le libérateur de la Poche de Colmar (photo Guy Frank, 2004)

Le 2 février vu par le Général de Lattre de Tassigny

Le 2 février 1945 à 2 heures du matin, le 289e R.I. (Régiment d'Infanterie) et l'artillerie de la 75e D.I.U.S. (Division d'Infanterie américaine) entament bruyamment la diversion prévue sur l'Ill, et le C.C.4 (Combat Command 4) décroche. A 5 heures, son mouvement de rocade est réalisé et Schlesser se présente au général Norman D. Cota, commandant la 28e D.I.U.S.

Celui-ci donne, à 7 heures, le signal de l'attaque au 109e R.I. qui, en dépit d'une résistance assez vive, traverse le champ de manœuvres et, plus à l'ouest, longe l'Ill jusqu'à l'amorce du canal de Colmar. Derrière lui, le C.C.4 s'est articulé en trois groupements. Mais il se heurte à un large fossé antichars qu'il ne peut franchir comme l'ont fait les fantassins. Avec une délicatesse où revivent les traditions de la chevalerie, le colonel James E. Rudder arrête son 109e Régiment d'Infanterie pour laisser aux blindés de Schlesser l'honneur de pénétrer les premiers dans Colmar.

Il est 11h15 lorsque enfin le groupement de Préval réussit à passer l'obstacle. A 11h30, son char de tête arrive sur la place Rapp, et réduit au silence un nid de résistance nazi. A 11h45, ayant traversé toute la ville jusqu'à sa lisière sud-ouest, Préval atteint la cité des Vosges.

Les groupements de Chambost et du Breuil, pénétrant par le même passage, se répandent le premier dans les quartiers nord et nord-est, le second dans les faubourgs de l'est. Dans l'après-midi, du Breuil pousse jusqu'à Eguisheim, Wettolsheim et Wintzenheim, couvrant la ville face aux Vosges et bloquant la vallée de la Fecht.

Ici et là, à l'hôpital Pasteur, vers le faubourg Saint-Joseph et ailleurs, quelques groupes d'obstinés se défendent. Mais les chars français et les fantassins américains leur en ôtent rapidement le goût. Lorsque à partir de 16 heures, le groupement de choc de Gambiez commence à relever le 109e R.I.U.S., selon la demande que j'en ai faite au général Milburn, le nettoyage est pratiquement terminé...

Wintzenheim a également rendu hommage au Maréchal Leclerc

D.B. : Division Blindée. Une D.B. se compose organiquement de trois Régiments de Chars moyens, d'un Régiment de Reconnaissance, d'un Régiment d'Infanterie porté à trois Bataillons, d'un Régiment de Tanks-Destroyers (T.D.), d'une Artillerie divisionnaire à trois groupes de 105 automoteurs, d'un Groupe d'Artillerie antiaérienne, d'un Bataillon du Génie et de Services. La D.B. se subdivise en trois C.C.

C.C. : Combat Command. Un C.C. est un groupement tactique de Division Blindée comprenant un Régiment de Chars moyens, un Bataillon d'Infanterie portée, un Escadron de Reconnaissance, un Escadron de Tanks-Destroyers, un Groupe automoteur d'Artillerie (105) et des éléments de Services. Une Division Blindée comprend trois Combat Command.

Source : La Victoire de Colmar, Histoire de la 1re Armée Française, Général de Lattre de Tassigny, Librairie Plon, 1949


A Wintzenheim, ce panneau, apposé à l'angle de la rue qui porte son nom rappelle que les soldats de la 5ème Division Blindée, soit seuls, soit avec d'autres unités de la 1ère Armée Française ou de Régiments américains, sous le Commandement des Généraux De Vernejoul et Schlesser, ont participé à la Libération de la France au cours des combats suivants : Vosges (oct. 1944) - Percée du front à Arcey (14 nov. 1944) - Héricourt - Montbéliard - Belfort - Seppois - Ballersdorf - Dannemarie - Traubach-le-Bas - Traubach-le-Haut - Guevenatten - Bretten - Soppe-le-Bas - Ammertzwiller - Gildwiller - Hecken - Diefmatten - Pont d'Aspach - Bourbach-le-Haut - Thann - Leimbach - Aspach-le-Bas - Le Bonhomme - Lapoutroie - Hachimette - Orbey - Kientzheim - Kaysersberg - Ammerschwihr - Sigolsheim - Gambsheim (défense de Strasbourg, janvier 1945) - Osthouse - Benfeld (bataille au sud de Strasbourg) - Jebsheim - Holtzwihr - Wickerschwihr - Riedwihr - Wihr-en-Plaine - Urschenheim - Durrenentzen - Widensolen - Horbourg - Andolsheim - Colmar (2 février 1945) - Wintzenheim - Wettolsheim - Eguisheim - puis du Rhin au Danube et jusqu'au cœur de l'Autriche.
(photo Guy Frank, 2004)

Le 2 février vu par le Général Guy Schlesser, commandant le CC4

Le 1er février à 15 heures, je suis convoqué au P.C. du général commandant le 21e C.A.U.S. (Corps d'Armée américain). Le général Milburn m'annonce que l'autorisation lui a été donnée de libérer Colmar et me demande comment je conçois l'opération. Je réponds que mes éléments avancés seront le soir même à 15 km au sud-est de Colmar, séparés d'ailleurs de la ville par le cours de l'Ill dont le franchissement sera difficile et que l'opération vraiment payante consiste à maintenir une puissante pression devant Sundhoffen pour attirer au sud-est de Colmar les réserves de l'ennemi et même à faire croire à notre volonté de franchir l'Ill en tentant de lancer un pont dans cette région, cependant que le CC4 (Combat Command 4)*, tous moyens rassemblés (ils sont réduits à 23 chars et 5 tanks-destroyers), "se décrochera" et du sud-est se portera en plein nord de Colmar, attaquera du nord au sud, fera irruption dans la ville et interdira le débouché des routes venant de l'ouest et du sud. Il s'agit en somme de faire jouer la ruse en simulant une puissante attaque par l'est ; puis de retirer le CC4 très rapidement et dans le secret (par conséquent au cours de la nuit) pour donner le coup de poing au nord.

[...] Mais ce n'est pas une entreprise sans risques. Il va falloir décrocher en fin de journée, "passer la main" à des troupes américaines avec qui nous ne sommes en liaison que depuis 24 heures, faire demi-tour, parcourir 30 km par une nuit noire sur des chemins encombrés, verglacés, chargés de neige (une couche de cinquante centimètres de neige recouvrait la plaine, le thermomètre était aux environs de - 20°) et franchir le canal de Colmar, l'Ill et la Fecht par des ponts glissants, pour être, à l'heure où se lèvera le jour, demain, prêts à bondir sur Colmar !

[...] Le lendemain 2 février, à l'aube, ils sont tous aux lisières de la forêt, au nord de Colmar. Les fantassins du 109e Régiment d'Infanterie américaine partent à l'attaque. Cependant, comme je m'y attendais, à l'est de la route de Strasbourg, la résistance reste farouche. Des chars allemands sont signalés vers le cimetière, et toute progression dans cette direction est impossible. Nos équipages, extrêmement fatigués (ils n'ont eu le temps, ni de dormir, ni même de prendre la moindre nourriture), sont freinés par le fossé antichars. Cependant, peu après 9h30, un "trou" est enfin découvert dans le dispositif antichars : le peloton du lieutenant de Courson, qui est en tête, a trouvé, en se rapprochant de la route nationale 83, un chemin de terre bordant les excavations pleines d'eau d'une gravière et mal obstrué par la défense ennemie. Par la rue des Carlovingiens, il atteint la route de Strasbourg en évitant les barricades et obstacles construits à l'entrée nord de Colmar. Mais peu avant la caserne Macker, les chars de tête du sous-groupement B se heurtent à une très vive résistance allemande, et il faudra l'énergie et la hardiesse du commandant de Préval pour que son sous-groupement reprenne, à toute vitesse, le mouvement en avant.

Derrière lui, le sous-groupement C du commandant de Chambost, qui a rejoint la route de Strasbourg par la rue des Belges, rencontre lui aussi le "dur". Le sous-groupement A du colonel du Breuil s'engage à son tour dans "le trou". Le sous-groupement C assure sa sécurité jusqu'au sud du canal (Brennbächlein) en gardant toutes les issues de la route de Strasbourg, avant de nettoyer la caserne Lacarre. La colonne du colonel du Breuil défile en trombe. Après avoir traversé la ville, elle dépasse le sous-groupement B qui, à 12h30, a atteint son objectif à l'est de Wintzenheim. Le colonel du Breuil, appuyé par les unités du commandant de Préval, qui sera blessé au cours de l'opération vers 14 heures, conquiert vers 16h30 Wintzenheim où il fait de nombreux prisonniers. Dans la soirée, vers 18h, avec ses deux sous-groupements, il occupe Wettolsheim et Eguisheim.

Le CC4 était fractionné en trois sous-groupements :

 

- Le sous-groupement A, commandé par le lieutenant-colonel du Breuil, comprend : le 1er escadron de chars légers (capitaine Bouchard), le 3e escadron de chars moyens (capitaine Gauthier) du 1er Régiment de Cuirassiers, et la 5e compagnie (capitaine Boret) du R.M.L.E. (Régiment de Marche de la Légion Étrangère).

 

- Le sous-groupement B, sous le commandement du chef d'escadron Joseph de Préval, réunit : le 2e escadron de chars moyens (capitaine Dorance) du 1er Régiment de Cuirassiers, et la 6e compagnie (capitaine Simonet) du R.M.L.E.

 

- Le sous-groupement C, aux ordres du chef de bataillon de Chambost, est constitué par : le 4e escadron de chars moyens (capitaine Guibert) du 1er Régiment de Cuirassiers, la 7e compagnie (lieutenant Hallo) et la compagnie d'accompagnement (capitaine Carayon) du R.M.L.E.

 

Chaque sous-groupement dispose en principe d'un peloton (ou d'une section) du 3e escadron (capitaine Boileau) du 1er R.E.C. (Régiment Étranger de Cavalerie) avec des auto-mitrailleuses de reconnaissance, du 3e escadron (capitaine Chaumeil) du 11e Régiment de Chasseurs d'Afrique avec des T.D. (tanks-destroyers), et de la 2e compagnie (lieutenant Salvat) du 36e Génie.

Source : Le C.C.4 devant Colmar, Général Guy Schlesser, Annuaire de la Société d'Histoire et d'archéologie de Colmar 1995



L'occupant y croyait jusqu'au dernier jour, comme le prouve ce titre du Kolmarer Kurier du 1er février 1945 : "Wir kämpfen bis der Sieg unser ist !", Nous combattrons jusqu'à la victoire ! (collection Paul Hirlemann)

Wintzenheim : le détail des opérations

La libération de Wintzenheim, le 2 février 1945, se situait dans le prolongement de celle de Colmar. 

Vers 14h30, le sous-groupement B du CC4 de la 5ème Division Blindée arrivait à la hauteur de la Croix-Blanche, où le Commandant de Préval, dirigeant les opérations, fut très grièvement blessé au moment où il donnait l'ordre au Capitaine Dorance de prendre Wintzenheim, avec ses chars et la Légion. 

Le sous-groupement A, sous les ordres du Lieutenant-Colonel du Breuil, dépassait alors le sous-groupement B et progressait difficilement vers Wintzenheim. L'efficacité de la défense ennemie fut finalement annihilée par des tirs précis de 96 obus sur la ferme de Saint-Gilles et ses environs.

Par une manœuvre surprise et osée, le peloton de l'Adjudant-chef Raymond Malherbe (celui-ci se trouvait à bord du H.T. "Optimiste"), contournant à travers champs et vignes les obstacles de l'ennemi disposés en bordure du village, pénétrait le premier dans Wintzenheim vers 15h45. 

Traversant presque entièrement la localité, son peloton a été stoppé par un violent feu de "Minen" (mortiers allemands). Faisant mettre pieds à terre à ses soldats, le peloton de l'Adjudant-chef Malherbe pouvait ainsi assurer la défense et maintenir le contact en attendant les renforts.

L'arrivée du peloton des Destroyers du Lieutenant Guinard et des éléments portés prirent alors la suite des opérations ; et vers 16h30, l'arrivée du P.C. du Lieutenant-colonel du Breuil concrétisait la libération définitive de Wintzenheim. Il est fort possible que le légionnaire Jean Barbuti, radio à bord du tank-destroyer M10 "Berthonval" du 1er REC (Régiment Étranger de Cavalerie), ait participé à la libération de Wintzenheim

Source : AMW 2H6 (4)

- Jean Rolland, de Colmar, écrit le 19 décembre 1974 : "Voici presque 30 ans que, dans l'après-midi du 2 février 1945, après avoir participé à la libération de Colmar, j'avais comme pilote de char l'honneur et la joie de prendre part à la libération de votre charmante cité...".

- Lors du 30ème anniversaire de la Libération, le général Guinard, fait citoyen d'honneur de la Ville de Wintzenheim, relevait qu'à travers la chaude amitié des habitants, Wintzenheim était l'une des deux communes dans la région (avec Orbey) qui lui avaient laissé des souvenirs ineffaçables et inoubliables.

- Lettre du Colonel de Préval, de Louveciennes, au Maire de Wintzenheim le 3 janvier 1975 : "Je vous remercie de garder un si fidèle souvenir de vos libérateurs du Sous-groupement B du CC4 de la 5ème D.B. Ma blessure reçue au carrefour de la Croix-Blanche le 2 février 1945, au moment où je donnais l'ordre au Capitaine Dorance (tué deux mois plus tard en Allemagne) de prendre, avec ses chars et la Légion, Wintzenheim, m'a causé et me cause encore bien des complications...".

- Lors du 35ème Anniversaire de la Libération, en 1980, le maire Siegel remet, au nom de la municipalité et en signe de reconnaissance, un parchemin à l'Adjudant-chef Raymond Malherbe du 1er Régiment de Cuirassiers qui, le premier, pénétra à Wintzenheim le 2 février 1945 vers 15h45, avec le peloton qu'il commandait. (L'Alsace du mardi 5 février 1980)

- Dans un courrier du 20 janvier 1985, le Commandant (E.R.) Christian Stoekle, de Baccarat, rappelle que c'est avec exaltation qu'il a participé à la libération de Wintzenheim le 2 février 1945 avec le Peloton de Mortiers de 81mm du 1er Cuirassiers. Raymond Malherbe, de Senones, était chef de peloton. Il avait comme adjoint le Maréchal-des-logis-chef Charles Raison. Parmi les pointeurs de mortiers, les Brigadiers Christian Stoekle et André Michaud.

Source : AMW 2H6 (3-4)


Le 6 février 1945, "The Stars and Stripes", le quotidien d'information des forces armées américaines en Europe, titre :

Colmar, Base of the Nazis' Rhine Pocket, Falls to French-American Forces : Slashing in with speed and surprise, American and French forces captured Colmar this weekend to wipe out the base of the pocket the Nazis have stubbornly held along the Rhine below Strasbourg since mid-November. The city itself, one of the most beautiful in Alsace, was hardly damaged. At left (photo de gauche), American infantrymen take cover in shallow trenches on the outskirts of Colmar as they wait for orders to move in. A Frenchmanned tank is poised in the background, ready to support the attack. At right (photo de droite), French troops take 30 German prisoners from their barracks. A lone French soldier hunting snipers discovered them hiding in the basement. The prisoners have discarded their helmets to indicate their surrender.

 Colmar Pocket Wiped Out as Pincers Close : [...] The junction was made by the U.S. 12th Armored Division, coming from the north, and the 4th Moroccan Mountain Division of the 1st French Corps, coming up from the south...

(collection Paul Hirlemann)

NB : le légionnaire Jean Barbuti était radio à bord du TD "Berthonval" qui figure sur la photo de gauche, photo que l'on retrouve également dans le livre "Colmar-Liberté 1945-1995", page 141, et aussi page 145 en bas (char de droite)


Témoignage de Edmond Schillinger

Témoignage de Charles Deuve

Roger Pilotelle


Témoignage de René Maurer

René Maurer (photo Guy Frank, 6 mars 2003)

Début 1945, j'avais 15 ans. J'étais apprenti (Maschinenschlosserlehrling, Rüstungsgehilfe) dans l‘usine Schiele Industriewerke de Wintzenheim (lire le chapitre consacré à cette usine dans "Le Bierkeller de Wintzenheim", Guy Frank, 2003). Le 2 février, vers 14 heures, je me trouvais à la boulangerie Heimann, rue Clemenceau, en-dessous de l'épicerie Gilg. Nous étions une vingtaine à faire la queue. Un gars est venu nous dire : "Tout le monde rentre à la maison, ça devient dangereux, les chars arrivent !". Les chars sont arrivés par la route de Colmar, d'autres par Logelbach, coupant à travers les vignes, j'ai vu leurs chenilles pleines de fils de fer. A la maison située à l'angle de la rue du Logelbach et de l'actuelle rue de Lattre, un volet battait au vent. Un char l'a vu bouger, et l'a démoli par un tir bien centré.

Dans la soirée, les soldats français et américains sont passés dans les maisons, pour vérifier qu'il ne reste pas d'Allemands. J'étais chez notre voisin Ernest Schmitt, dans la rue Serpentine. Ernest a offert un verre de vin à un militaire, en lui disant, dans un français approximatif : "Il n'y a pas d'Allemand chez nous, mais il reste un peu de vin dans mon tonneau, buvons un coup". Le militaire lève son verre et dit avec un sourire : "Dà Wi beckelt !" (ce vin est oxydé). C'était un Alsacien engagé dans la 1ère Armée Française !

Les Américains étaient très généreux envers la population. Ils nous distribuaient des boites de rations militaires, du chewing-gum, des cigarettes...

Source : témoignage de René Maurer recueilli par Guy Frank le 4 avril 2004 


Marcel Batto né en 1933 (à gauche), avec ses frères Louis (au centre) et Robert (à droite)

Témoignage de Marcel Batto

Le 2 février 1945, mon père nous a fait rentrer à la maison, mes frères et moi, en sifflant l'air de ralliement habituel. Il nous a annoncé que Colmar avait été libérée et que les Alliés se trouvaient aux portes de Wintzenheim. Comme il ne voulait plus nous laisser quitter la maison, nous nous sommes mis à la fenêtre côté rue Clemenceau, alors que la plupart des habitants se trouvaient dans les caves. Il y avait partout de la neige sale, et quelques personnes se hâtaient de rentrer avec leur charrette remplie d'eau de la fontaine.

Quelques rares balles de fusil commençaient à siffler, ce qui nous a incité à fermer la fenêtre tout en restant en observation. Au bout d'un moment, des chars ont passé devant la maison. Le militaire du premier véhicule nous a fait un salut discret avec la main, on ne lui voyait que les yeux et le casque. Mon père n'en revenait pas. Il avait cru qu'il s'agissait de blindés allemands qui se retiraient, alors qu'en fait il s'agissait des premiers chars alliés. Après leur passage, on a réouvert la fenêtre pour voir monter l'infanterie, en file indienne, frôlant les murs de part et d'autre de la rue.

Un voisin leur a indiqué qu'un soldat de la Wehrmacht se cachait derrière un véhicule stationné dans la rue des Prés dont notre maison faisait l'angle. Le premier soldat de la file a sauté de l'autre côté de la rue, après quoi ils ont tiré au fusil en s'abritant derrière l'angle des deux maisons. L'Allemand n'a pas résisté. Il a décroché son ceinturon avec le revolver et les a jetés dans la rue en s'avançant les mains en l'air. Il s'agissait d'un sous-officier qui avait manqué le repli de son unité.

En passant sous notre fenêtre suivi par un soldat armé, il a crié : "Ich will den Führer noch mal sehen !" (je veux revoir le Führer). Son gardien a dû comprendre, car il lui a donné un coup de pied dans sa partie charnue. Ils l'ont ensuite placé devant le tableau d'affichage de la fontaine "Gelbenbrunnen" puis l'ont envoyé rejoindre d'autres prisonniers.

Wintzenheim n'a pas trop souffert des combats de la libération comme d'autres communes de la Poche de Colmar. Je pense que cela est dû au fait que les libérateurs de la première vague étaient français. Ces derniers n'ont pas détruit des villages entiers à la moindre résistance des Allemands. Les Américains ne sont arrivés en renfort que plus tard. Ils se sont installés sur les trottoirs alors que les mortiers allemands tiraient encore sur le village. Je les ai vus porter un blessé dans une maison proche et revenir s'asseoir sur le trottoir alors que les tirs continuaient. 

La photo souvenir

Les troupes françaises qui venaient de libérer Wintzenheim avaient arrêté leurs blindés de part et d'autre de la rue Clemenceau. Le plus proche de nous stationnait sur le trottoir, devant la maison de notre voisin. La Wehrmacht continuait à tirer au mortier à partir de la colline jouxtant le village. J'étais installé avec mes frères sur l'escalier extérieur de notre logement (angle rue Clemenceau / rue des Prés), pour voir ce qui se passait.

Les soldats de ce char essayaient de faire des photos, mais chaque fois que le "photographe" s'éloignait du char pour la prise de vue, un obus sifflait pour venir s'écraser dans le quartier. Ce qui devait arriver arriva : un obus de mortier est tombé, sans sifflement cette fois puisque trop près, sur le trottoir à deux mètres du char. Je vois encore le cliché : le soldat debout sur le blindé, le visage en sang, a marqué un temps d'arrêt avant de se laisser tomber. Celui à côté s'est agrippé des deux mains au véhicule avant de lâcher prise. Après la brutalité de l'explosion, tout paraissait irréel, comme figé un court instant.

Mon père a participé aux premiers secours, en aidant à transporter les corps dans la porte cochère de la maison voisine. Cette explosion avait fait cinq morts : 3 militaires et 2 enfants, Robert et Zezelle Antony, qui étaient de l'autre côté de la rue, bien plus éloignés de l'impact que nous, et trois blessés : 2 militaires et un copain, Paul Berna, qui se trouvait à une quinzaine de mètres. 

Nous-mêmes étions à environ six mètres, et n'avons pas été touchés, probablement protégés par le char en stationnement. Ce jour là, nous avions vraiment un bon ange gardien. 

Source : De Marcelala en Cela ou Les périlleuses cabrioles d'une jeunesse débridée sous le régime du "Ersatz", 1994


Gérard Zehler (photo Guy Frank, 9 juin 2004)

Témoignage de Gérard Zehler

Fin 1944, et jusqu'au jour de la Libération, nous logions dans la cave du cordonnier Guthmann, 12 rue du Hohlandsbourg. C'était notre voisin, nous-mêmes, nous habitions au numéro 8 de la même rue. Nous étions une vingtaine de personnes à séjourner occasionnellement dans cette cave profonde et humide.

Le 2 février, la Libération fut d'abord annoncée par des rumeurs, puis par l'affolement des soldats allemands qui s'abritaient eux aussi dans cette cave. Les femmes allèrent aux nouvelles à la rue Principale. Les hommes étaient tous absents ou au front.

Au début de l'après-midi, les soldats allemands chassaient tout le monde de la rue et conseillaient à la population de rester dans les abris. Les Libérateurs venant de Colmar ont encerclé le village, et des chars entraient par la rue de Turckheim, contournant par le cimetière israélite le barrage anti-char (Panzersperre) construit avec des pierres tombales. Des coups de feu furent tirés vers la maison Hirtz, actuellement menuiserie Straub.

Pendant ce temps, les femmes couraient vers les abris avec les enfants. Ma mère, qui portait mon plus jeune frère François né en 1942, pensait que je la suivais dans la cave. En fait, je jouais insouciant avec Rolande Schoelkopf, une voisine de mon âge, au coin de la rue près de la pompe à essence de l'épicerie Stoll. Nous étions totalement inconscients du danger. Soudain, des soldats venant de la maison Hirtz viennent dans la cour de l'épicerie avec deux enfants dans les bras. Ils s'agissait de Robert Antony né le 21.09.1932, et de sa sœur Angèle née le 8.12.1935, touchés par des éclats d'obus. Les deux sont décédés quelques jours plus tard à l'hôpital de Colmar.

Entre temps, ma mère s'était aperçue de mon absence, et venait me chercher, affolée. Mais des militaires m'avaient déjà renvoyé vers notre abri...

Source : Gérard Zehler, 6 juin 2004


Joseph Batto (photo Guy Frank, 22 juin 2004)

Joseph Batto : les barrages anti-chars

A partir de Noël 1944, l'occupant se préparait à l'arrivée des libérateurs dans la commune. Une liste de 200 personnes, datée du 31 décembre 1944, donne les noms des "Schanzarbeiter" de Wintzenheim réquisitionnés pour la construction des barrages antichars dans la commune, et notamment la "Panzersperre Vereinshaus", située rue Clemenceau au niveau du Cercle Catholique, et la "Panzersperre Birgy" située à l'entrée Est du village en venant de Colmar, après le "Cheval Blanc".  (Source : AMW 3H2-1)

Joseph Batto se souvient des barrages mis en place :
- 1 fossé antichars (Panzergraben) creusé en V rue de l'abbé Straumann, destiné à bloquer les éventuels engins venant du nord, via Turckheim,
- 6 barrages antichars, chicanes faites de deux rangées de rondins, remplies de pierres. Ils étaient situés rue Clemenceau (entrées est et ouest), rue du Logelbach, rue Aloyse Meyer, rue de Turckheim et rue Schwendi. Les barrages situés dans le haut du village étaient renforcés par des pierres tombales.

Ces barrages n'ont pas vraiment arrêté les chars alliés. Lors de leur arrivée, certains d'entre eux ont tout simplement contourné le village par la rue du Mal Joffre à gauche, et par la rue de Logelbach et de la Vallée à droite. Rue du Turckheim, ils ont contourné le barrage en passant par le cimetière. On distingue encore maintenant les parties du mur d'enceinte reconstruites après la guerre...

Septembre 1945 : le barrage antichars de Logelbach gène la circulation

Et le barrage antichars ? Logelbach est le seul endroit de tous les alentours où il existe encore un barrage antichars. Mais ce barrage constitue une grande gêne pour la circulation, car il se trouve dans une rue qui conduit directement vers les usines et vers la gare. Nous avons ici à Logelbach un camp de prisonniers où on trouverait de la main-d'œuvre suffisante et bon marché. Partout, on entend la même doléance, mais pourquoi rien n'est-il entrepris du côté des autorités responsables. Faut-il que se produise un accident pour faire avancer les choses ? (Source : Le Nouveau Rhin Français - N° 165 - Vendredi 7 septembre 1945)


Témoignage de Jean-Paul Dussel

Le matin du 2 février, il y avait encore 30 centimètres de neige, puis il a fait très beau. A 11 heures, la cuisine roulante allemande fonctionnait encore dans une cour de la rue Aloyse Meyer, près de chez nous. Après midi, ils ont remballé leur matériel et vers 13 heures, ils avaient disparu. Vers 15 heures j'ai vu des chars arrêtés par le barrage antichars à l'entrée de la rue du Logelbach,. Le premier soldat que j'ai aperçu était un noir. Comme il entendait parler en alsacien, il se croyait déjà en Allemagne. Le même soir, les jeunes de Wintzenheim sont allés dévaliser les réserves de nourriture que les Allemands avaient laissées à l'usine Schiele...

Source : Jean-Paul Dussel, 7 avril 2004


Témoignage de Marie-Thérèse Pilotelle, née Maurer

Nous étions une quarantaine de personnes abritées dans la cave de la maison Ebstein (Caveau Schwendi). Dans la cour stationnait un groupe de trois soldats allemands qui avaient disposé plusieurs perches reliées à leurs appareils de transmissions. Grâce à eux, nous étions les premiers informés de ce qui se passait aux alentours de Wintzenheim.

Le 2 février, ils ont réquisitionné une voiture et sont partis avec leur matériel. Mais pas pour bien longtemps. Une heure plus tard, ils étaient de retour, car ils ne pouvaient déjà plus aller au-delà de la Halte de Wettolsheim. Des résidents de notre cave leur ont dit : "C'est fini pour vous, donnez-nous vos armes !". Ils se sont rendus et nous les avons faits prisonniers, en attendant les libérateurs. Quand les chars français sont arrivés, nous leur avons signalé que trois Allemands les attendaient dans notre cave...

Source : Marie-Thérèse Pilotelle, Plauderstund ewer Wenzena, 27 mai 2004


Témoignage de Colette Speich, née Pflimlin

Le 2 février, j'étais dans notre cave où dormaient plus de 30 personnes. Mon père, le Dr Paul Pflimlin, y recevait parfois des patients. Un officier allemand logeait également dans la maison. Vers 14 heures, il est descendu et nous a déclaré : "Wir mussen gehen, aber wir kommen wieder !" (nous devons partir, mais nous reviendrons !). Malgré la libération, nous étions tristes, car quinze jours auparavant, notre voisin Paul Riedinger avait succombé dans l'incendie de la rue de la Victoire.

Le soir, des Français sont venus à la maison. Ils se sont immédiatement rendus à la cuisine pour découper et faire cuire un sanglier qu'ils avaient apporté avec eux. Et ils ont fait des frites. Succulent repas qu'ils ont partagé avec nous !

Source : Colette Speich, Plauderstund ewer Wenzena, 27 mai 2004


Denis Haeffele : les parfums de la Libération

Au moment de la Libération de Wintzenheim, j'habitais rue Kiener, rebaptisée par la suite avenue de Lattre de Tassigny. Quand nous avons entendu les chars, je suis monté dans la rue. Un Allemand est passé devant moi, à pied avec son fusil à l'épaule. Il m'a dit : "Ich bin krank". Il était mort de peur. Quelques minutes plus tard, arrive half-track français ou américain, bardé de bandes oranges fluorescentes bien visibles pour lui permettre d'être reconnu par les avions alliés. A ce moment, j'ai senti passer sous mon nez une odeur de cigarettes blondes : le parfum de la Libération...

Source : témoignage de Denis Haeffele, recueilli par Guy Frank le 17 mai 2004


20 février 1945 : une éclaircie dans le combat pour Ernest Ehrhart


Les dates de libération de quelques communes

Canton de Wintzenheim Date Libération Canton de Munster Date Libération
Eguisheim 2 février 1945 Breitenbach-Haut-Rhin 5 février 1945
Herrlisheim-près-Colmar 2 février 1945 Eschbach-au-Val 5 février 1945
Husseren-les-Châteaux 3 février 1945 Griesbach-au-Val 5 février 1945
Obermorschwihr 3 février 1945 Gunsbach 5 février 1945
Turckheim 4 février 1945 Hohrod 5 février 1945
Voegtlinshoffen 5 février 1945 (1) Luttenbach-près-Munster 5 février 1945
Walbach 5 février 1945 Metzeral 5 février 1945
Wettolsheim 5 février 1945 (2) Mittlach 4 février 1945
Wintzenheim 2 février 1945 Muhlbach-sur-Munster 5 février 1945
Zimmerbach 5 février 1945 Munster 5 février 1945
* * Sondernach 5 février 1945
* * Soultzbach-les-Bains  4 février 1945 (3)
Cantons de Colmar Date Libération Soultzeren 4 février 1945
Colmar 2 février 1945 Stosswihr 4 février 1945
Sainte Croix-en-Plaine 5 février 1945 Wasserbourg 5 février 1945
* * Wihr-au-Val 5 février 1945

Source : Haut-Rhin - Les 377 communes libérées, Réussir le Haut-Rhin, n° 42 - Février 1995

(1) 4 février d'après "La Libération du Haut-Rhin / 19 novembre 1944 - 9 février 1945", ADHR 2004

(2) 2 février d'après "La Libération du Haut-Rhin / 19 novembre 1944 - 9 février 1945", ADHR 2004

(3) 5 février d'après "La Libération du Haut-Rhin / 19 novembre 1944 - 9 février 1945", ADHR 2004


Copyright Guy Frank, 2004

Les combats de la Poche de Colmar (décembre 1944 - février 1945)

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