WINTZENHEIM (Haut-Rhin) Les origines de la famille SCHAFFAR

Les familles Schaffar sont enracinées dans l'histoire de Wintzenheim depuis le XVIIIe siècle.
Après la guerre de Trente Ans qui a vu le rattachement de l'Alsace au royaume de France en 1648,
de nombreux émigrants originaires d'Allemagne, de Suisse et de Savoie viennent s'y implanter.
Ils y disposent de terres gratuites et bénéficient de dispenses d'impôts.
Louis Chaffard en faisait partie.


Louis CHAFFARD, né en 1691, quitta St Jean-de-Tholome en Savoie...


Plusieurs familles SCHAFFAR possèdent des copies de 3 manuscrits concernant un certain Louis CHAFFARD né à Saint Jean-de-Tholome (près de Bonneville en Haute-Savoie) en 1691 :

* 1er manuscrit :

Extrait des Registres de l'Église paroissiale de St Jean de Thollomé en Faucigny en Savoie.

Louis, fils légitime d'honnête Claude Amédée Chaffard et d'Angélique De Chatel, mariés, est né et a été baptisé le vingt et un Octobre de l'année mil six cent nonante et un. Le parrain honorable Louis Fattat, marraine Rodolphine Verdan femme de Désiré Jean Deparvon, de Faucigny.

Signé : Gautier, pour le curé

Je soussigné atteste en parole de vérité avoir copié le susdit baptistaire des registres énoncés ci-dessus sans addition ni augmentation et déclare comme dessus que le susdit Louis Chaffard est d'une famille qui professe la religion Romaine, a reçu bien d'éducation et en plus très-bon et d'une réputation sans reproches quelques se soient; en foi de ce, me suis signé le second jour de l'année mille sept cent dix sept dans la cure dudit lieu.

Signé : F. Bouillet, curé

Et déclare comme dessus que le susdit honnête Louis Chaffard n'est ni marié ni engagé en ce pays et est très libre au besoin de se loger où bon lui semblera sans aucun doute, ni soupçon. C'est le témoignage que en rend le jour et année que dessus.

Signé : F. Bouillet, curé

* 2ème manuscrit :

Nous, soussignés curé, et Châtelain Syndict de St Jean de Thollomé, en Faucigny, en Savoie,

A tous ceux qui verront ces lettres, faisons connaître et attestons que l'honorable Louis Chaffard, originaire de la dite paroisse St Jean de Thollomé, est né en légitime mariage, des époux Claude Amédée Chaffard et d'Angélina De Chatel, qui comme leur fils ont toujours vécu dans la sainte religion catholique, apostolique et romaine ornés de bonnes moeurs et jamais accusés d'aucune tache de crime ou d'infamie, soit dans un tribunal, soit en dehors du tribunal. En outre, nous attestons que le même Louis Chaffard est libre de toute condition de servitude de taille et de main morte. Toutes ces choses, nous les assurons par serment et en foi de quoi, nous lui accordons les présentes lettres patentes afin qu'il puisse s'en servir partout où il verra qu'elles lui seront utiles.

Elles ont été données dans ledit lieu an mil sept cent vingt quatre et le vingt quatrième jour du mois d'Août à l'entrée du cimetière et à l'issue de la messe paroissiale du même lieu.

Signé : F. Bouillet, curé / Charles Chatrier, châtelain / Pierre Mossu, syndict / Rodolphus Mossier, procurateur / Claude Redandy, procurateur / Claude Amédée Jollivet, procurateur et auditeur.

* 3ème manuscrit :

Nous, Melchior Giraud, grand juge royal de la province de Faucygny, du duché de Savoye, à tous ceux auxquelles les présentes pourront parvenir faisons connaître et attestons que le noble maître Chatrier qui a signé les lettres écrites plus haut est le châtelain de la paroisse de St Jean de Thollomé et que, à tous les actes fait par lui en cette qualité de maître, on peut ajouter foi en tribunal et hors du tribunal; en foi de quoi, nous donnons les présentes signées de notre main et nous avons ordonné au secrétaire de notre curie de les approuver du sceau royal pour la dite province et de les approuver.

Fait dans la ville de Bonneville de la dite province le vingt quatrième jour de Septembre de l'année du Seigneur mille sept cent vingt cinq. Signé : Giraud / Cullard, secrétaire


pendant la grande émigration savoyarde...


Résumé de la conférence intitulée " L'émigration savoyarde vers l'Alsace, l'Allemagne et le Valais, des gens de Viuz et des communes environnantes ", par M. Gilbert Maurice-Demourioux, " Les Amis de l'Histoire " à Viuz-en-Sallaz (Haute-Savoie), le 4 février 1996 :

Cette époque 1630-1730 succède à une période très troublée, marquée par l'Escalade en 1602, un acte de guerre au cours duquel le duc de Savoie attaque Genève. Plus tard, on l'appellera " la grande émigration savoyarde " parce que toutes les paroisses et les familles de la basse vallée du Giffre ont été touchées par ce phénomène. La cause principale en fut la surpopulation d'une vallée riche en familles nombreuses vivant sur de petites exploitations. Aux environs de 1700, de très mauvaises années marquées par d'importantes chutes de neige (arbres fruitiers écrasés) puis des périodes de grande sécheresse - à tel point que le bourg de Viuz manquera d'eau - ont poussé de nombreuses personnes à s'expatrier.

D'autre part, trois éléments agirent sur la démographie du pays de Phalsbourg :

- la vente de la seigneurie au Duc Charles III de Lorraine par le Palatin endetté et, par la suite, la réaction catholique des princes lorrains contre leurs nouveaux sujets protestants : il fallait devenir catholique ou quitter le pays dans les deux ans ;

- la guerre de Trente Ans (1618-1648) avec ses pertes humaines, ses maladies, ses ruines ;

- l'annexion du pays de Phalsbourg par la France au traité de Vincennes en 1661, qui entraîna la repopulation d'un pays quasi vidé de ses habitants.

Toutes ces raisons incitèrent les Savoyards à se mettre en route et certains s'établirent à Phalsbourg, participant activement à l'édification des fortifications de Vauban. En outre, l'exemption d'impôt pendant 12 ans encouragea 1100 émigrants à s'installer dans les provinces de l'Est. La plupart traverseront la Suisse pour rejoindre l'Alsace-Lorraine, Metz, l'Allemagne, les Pays-Bas ; d'autres s'installeront en Autriche, voire en Pologne.

Des descendants de ces émigrants ont pu être retrouvés : les Chaffard de Saint-Jean sont devenus les Schaffar, vignerons à Wintzenheim, les Donche sont établis en Allemagne et aux Pays-Bas, les Mossu sont à Rotterdam, les Duchosal à Montbéliard et Audincourt, les Mouton et Forel à Phalsbourg, les Monet à Saverne...

Certains deviendront " maire " dans leur paroisse d'adoption tels les Montfort de Sallanches à Fribourg-en-Brisgau, les Maurice de Marignier à Metz... D'autres deviendront " bourgeois ", ainsi les quatre frères Borel de Mégevette, bourgeois de Lindau, Joseph Jolivet de Faucigny, devenu potier en Lorraine, Claude Déturche de Saint-Jean devenu marchand à Ribeauvillé. Joseph Rollin est devenu commerçant à Nuremberg avec Jacques Gavard-Perret son beau-frère; Joseph Morel est, lui, négociant en gros à Brixen (Tyrol). Claude Moget épouse la fille d'un riche bourgeois de Guebwiller et Joseph Gavard-Pyret devient directeur des Thermes, etc...

Ces riches émigrants ont toujours gardé des liens affectifs étroits avec leur paroisse d'origine ; ainsi, leur doit-on de nombreuses donations. Celles-ci ont enrichi églises et chapelles oratoires.

En 1730, le cadastre (Mappe) apportera une meilleure rentrée d'impôts fonciers, puis la vie des Savoyards s'améliorera, l'agriculture cédant peu à peu la place à l'industrialisation des villes. La tôle de Maurienne fait son apparition, les faïences et la soie de Chambéry, l'horlogerie à Cluses donnent un coup de fouet au commerce qui ne cessera de se développer. Les gens reviennent au pays. La population de Viuz augmente et cette paroisse deviendra la plus nombreuse de la vallée.

Les paroisses les plus touchées par l'émigration, ont été Arâches, Nancy-sur-Cluses et Magland. Aussi, M. Gilbert Maistre et son épouse se sont-ils intéressés à cette émigration dont ils ont tiré deux livres : " Nancy-sur-Cluses " et " Marchands savoyards " en 1986 et 1992. Des sociétés savantes d'Alsace et des régions de l'Est ont également publié leurs recherches relatives à cette émigration qui fut l'un des événements clés de cette région.


pour s'établir, comme d'autres Savoyards, à Wintzenheim...


Extraits d'un article publié par M. Pierre Texier de Gerstheim (Bas-Rhin) dans le numéro 73 de GENEALOGIE ET HISTOIRE (1er trimestre 1993) sous le titre " Quelques Savoyards à Wintzenheim de la fin du XVIIe au milieu du XVIIIe siècle " :

Comme beaucoup de localités avoisinantes, Wintzenheim, qui avait eu à souffrir de la guerre de Trente Ans et de ce fait enregistrait une baisse de population, bénéficia ultérieurement d'un apport non négligeable de main-d'œuvre extérieure.

Celle-ci était principalement fournie par des immigrants, en majorité de sexe masculin, venus de Suisse et du proche Pays de Bade. Grâce à ce flux migratoire, la population de Wintzenheim, essentiellement vigneronne et agricole, mais autour de laquelle gravitaient de nombreux artisans nécessaires à la bonne marche de l'activité locale, put à nouveau enregistrer une courbe ascendante.

Parmi cette population, l'apport des Savoyards, quoique modeste, mérite cependant d'être souligné. Ces derniers, arrivés en Alsace dans un but essentiellement commercial, y connurent des fortunes diverses. Certains - émigrants définitifs - s'y fixèrent du fait de leur activité ou après avoir rencontré l'âme soeur, d'autres poursuivirent leur négoce de façon itinérante, retournant périodiquement au pays, enfin quelques-uns terminèrent leurs pérégrinations à Wintzenheim où leur décès a été enregistré.

Il est intéressant de noter que l'un des premiers migrants savoyards installés à Wintzenheim, Claude TISSOT, soit l'un de ceux qui réussirent à la fois vie professionnelle et promotion sociale. Ces éléments ont sans doute été des facteurs déterminants dans la décision de s'installer dans cette localité prise ultérieurement par d'autres compatriotes qui pouvaient bénéficier ainsi d'un véritable réseau en place. Avoir un bourgmestre issu de leur pays, possédant de surcroît un certain degré d'instruction, devait être un attrait supplémentaire pour des gens, sans doute grands voyageurs et excellents commerçants, mais aussi très attachés à leur terroir et à leur tradition et surtout en majorité illettrés (beaucoup signaient d'une croix, quelques-uns par leurs initiales majuscules).

La notoriété acquise par l'un des leurs se retrouve jusque dans le choix des parrains et marraines ou des témoins lors des événements familiaux (baptêmes, mariages, etc.). Des familles d'origine modeste pouvaient ainsi s'enorgueillir de compter des notabilités comme parrains de leurs enfants.


où il se maria en 1724 avec Marie Élisabeth KOHLER.


C'est donc ainsi que Louis CHAFFARD quitta Saint-Jean-de-Tholome (en 1717 ?) pour arriver à Wintzenheim où il se maria le 17 juillet 1724 avec Marie Élisabeth KOHLER, fille de Joseph KOHLER et de Véronique GILG (témoins : Thomas ROTHER et Claude TISSOT, prévôt de Hohenlandsberg). Neuf enfants naquirent de cette union. Exerçant tout d'abord la profession de marchand, il devint vigneron après son mariage, sans doute d'abord chez son beau-père puis, les années venant, s'installa à son compte. Les certificats de bonnes vie et mœurs cités plus haut lui permirent d'acquérir le droit de bourgeoisie à Wintzenheim, où il décéda le 29 juin 1765, à l'âge de 74 ans. On trouvera plus loin la liste de ses principaux descendants connus.

M. Charles Schillinger, archiviste de la toute jeune Société d'Histoire de Wintzenheim, n'a trouvé aucune mention de ce couple dans les anciens notariats, ceux de la Seigneurie de Hohenlandsberg et ceux du Reichsvogtei de Kaysersberg, déposés aux Archives Départementales du Haut-Rhin sous la cote 4E.


Quelques mots sur l'origine et l'évolution du nom.


- Dans l'étude sur " Les noms de famille en Savoie " de Félix Fenouillet, CHAFFARD figure dans la liste des noms d'origine germanique, burgondes et francs, latinisés puis francisés. De la forme germanique GATFALD puis latine CATFALDUS, sont issus les noms savoyards Caffard, CHAFFARD, Chaffarod, Chaffalier.

- M. Gilbert Maurice-Demourioux a également établi que le nom CHAFFARD est lié à la "Chaffardière ", lieu-dit situé au-dessus de Bonneville. La Chaffardière, qui faisait partie de la paroisse de Saint-Étienne disparue après la Révolution, comptait déjà quatre familles Chaffard en 1561. Il reste toujours des Chaffard en Haute-Savoie, notamment dans la région de Bonneville.

Si vous passez par là, rendez visite à André Chaffard, viticulteur établi à Saint Jean-de-Tholome (lieu-dit Les Maréchaux). Il sera ravi de vous faire goûter son Ayze pétillant...

...tout comme son lointain cousin, Aimé Schaffar, vigneron-récoltant à Wintzenheim, qui vous emmènera dans sa cave pour une dégustation commentée de ses meilleurs Vins d'Alsace.

- M. Paul Guichonnet, Doyen de la Faculté des Sciences Économiques et Sociales de l'Université de Genève, confirme que le cas de Louis Chaffard est tout à fait typique de l'émigration des gens du Faucigny dans les pays alémaniques et germaniques. La transformation phonétique du nom est également caractéristique. Il cite ainsi une famille CHATELARD, de Sallanches, émigrée dans le Breisgau, et qui se nomme maintenant SCHATTLAR.


Et avant Louis CHAFFARD ?


Grâce au dépouillement des registres paroissiaux (baptêmes, mariages, sépultures), des comptes de l'impôt sur le sel (gabelle) et de la consigne des mâles (recensement militaire), M. Gilbert Maurice-Demourioux a pu établir comme suit la liste des ancêtres de Louis CHAFFARD :

- CHAFFARD Jeanne, N.1606 (veuve ou fille-mère ?)

- - CHAFFARD Aimé, N.1638 & ???

- - - CHAFFARD Claude Amédé, N.1662 & Châtel Angélique

- - - - CHAFFARD Aymé, N.1686 & Cochet Mauriza
- - - - CHAFFARD Pierre, N.1688 & Baillard Marie Céline
- - - - CHAFFARD Louis, N.1691 & Kohler Marie Élisabeth


Copyright Guy FRANK - Wintzenheim 1996


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LISTE DES DESCENDANTS SCHAFFAR

PHOTO du MARIAGE Auguste SCHAFFAR- Mélanie CLO

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