Le 21 avril 2008, par le plus grand des hasards, il m'a été donné de rencontrer dans une maison de convalescence des Trois-Épis une dame de 81 ans, qui se souvient très bien de Joseph Bauer de Wintzenheim, et pour cause, elle en a été follement amoureuse quand elle avait 18 ans. Évelyne raconte...
Évelyne
Di Franco, née Kessler, le 21 avril 2008 (photo Guy Frank)
Je suis née à Colmar en 1927, mon père était artisan-menuisier et travaillait à la maison, rue du Wineck dans le quartier Saint-Joseph. A la Libération de Colmar le 2 février 1945, j'avais 18 ans. Mais à cette époque, je n'avais guère le droit de sortir seule, tout juste le dimanche après-midi, pour aller au thé-dansant du Café du Champ de Mars, en face du Cinéma Central. C'est là que j'ai rencontré Joseph Bauer.
J'en étais follement amoureuse. Chaque dimanche, il prenait le tram à Wintzenheim pour me rejoindre à Colmar. Nous vivions tous les deux notre premier grand amour, on s'aimait comme de jeunes enfants... mais en secret. Mes parents étaient séparés, et il était impensable que je puisse l'inviter chez nous.
A cette époque, je suivais une formation de
technicien-dessinateur du cadastre. Le diplôme en poche, j'ai été affectée
en Lorraine, à Forbach, et j'ai dû quitter Colmar et mon cher Joseph. Ses
parents ne connaissaient pas notre fréquentation, et il m'était donc
impossible de lui écrire. Je n'ai jamais pu oublier les merveilleuses
rencontres avec Joseph, mais je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles...
Joseph Bauer près du Champ-de-Mars à Colmar.
Il vient de quitter le tram de Wintzenheim
(collection Aimé Bauer)
C'est en Lorraine, en 1948, que j'ai connu mon mari, Bartolo Di Franco, qui m'a épousée en 1950, et avec lequel j'ai eu quatre filles. Je n'ai jamais osé évoquer l'existence de Joseph devant mon mari, décédé il y a une dizaine d'années. Sicilien d'origine, il aurait été bien trop jaloux.
Ce n'est que des années plus tard que mes filles ont appris l'existence de ce premier amour. J'avais subi une intervention chirurgicale, et dans mon délire post-opératoire, en salle de réanimation, j'ai évoqué un certain Joseph Bauer. Elles m'ont bien évidemment interrogée sur cet inconnu, et je leur ai alors confié mon secret.
Jusqu'à ce jour d'avril 2008, je n'ai plus jamais entendu parler de Joseph. C'est grâce à la biographie que m'a fait parvenir Guy Frank que j'ai appris qu'il était mort jeune, à 31 ans. En consultant sur Internet les pages qui lui sont consacrées, mes filles étaient toutes fières de découvrir les dons artistiques exceptionnels de mon ancien amoureux ; moi-même je ne connaissais pas sa passion pour la peinture.
Source : Guy Frank, interview d'Évelyne Di Franco à la MGEM le 21 avril 2008
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