RAD - 1943 à Osthofen, au nord de
Worms : cérémonie de prestation de serment sur la place du village, avec
drapeau et musique militaire (collection Jean Hartmann)
Né le 4 août 1926, Jean Hartmann est enrôlé dans le R.A.D. (Reichsarbeitsdienst) le 4 octobre 1943. Il raconte :
[...] Comme tous les enrôlés de force nous fûmes obligés de jurer fidélité au Reich et au Führer. Pour ce faire nous avons été rassemblés sur la place du village d'Osthofen avec drapeaux et musique militaire. Avant la cérémonie on nous a fait comprendre que serait poursuivi quiconque ne lèvera pas le bras pour prêter serment. Nous avons levé le bras mais avons pensé ce qu'un Alsacien pense lorsque quelque chose ne lui convient pas... On nous a renvoyés dans nos foyers après les fêtes de Noël et du jour de l'an 1944. Nous étions trois, originaires de Wintzenheim : Knittel Antoine né en 1925, Friedrich Émile né en 1926, et moi-même. C'est le 4 janvier à 1h00 du matin que nous sommes arrivés en train à Colmar. Nous avons fait le trajet jusqu'à Wintzenheim à pied. Il faisait très froid, moins 10 degrés.
A peine rentré du RAD, j'ai été convoqué au conseil de révision des Waffen SS, puis incorporé le 11 février 1944 comme Panzer Grenadier dans la Division "Das Reich". Son récit :
A Langon, nous logions dans des baraques en bois. C'est devant une baraque, sur un banc de 8 bonshommes, qu'a été prise la photo d'identité de mon Soldbuch (livret de solde). Sur cette photo j'ai le sourire car nous nous demandions comment le photographe allait se débrouiller pour avoir les photos individuelles, n'ayant qu'un cliché de groupe !
La
photo d'identité et le Soldbuch gardent les traces de l'éclat d'obus qui les a
transpercés le 16 juillet 1944, atteignant Jean Hartmann au poumon (collection
Jean Hartmann)
Une fois les unités formées, je fus affecté à la 10ème Compagnie du Régiment "Deutschland", qui faisait partie de la Division "Das Reich". Mon numéro matricule (Erkennungsmarke) était 10.S.S.D 345. Cette division comptait encore deux autres régiments : le Régiment "Führer" et le Régiment "Adolph Hitler". A noter que dans notre compagnie se trouvaient 2 ou 3 Ukrainiens et autant de Roumains, qui ne parlaient pas l'allemand. Notre dénomination était "Panzer Grenadier", c'est-à-dire de l'infanterie destinée à protéger les chars allemands et combattre les blindés ennemis. On nous a appris à manier les armes : le fusil, le fusil mitrailleur, les mines, et surtout les Panzerfaust qui venaient d'être améliorés. Notre occupation principale était d'apprendre à nous servir de ces armes dans toutes les situations et positions imaginables. Ce n'était qu'entraînements et marches forcées avec peu de repos et peu de nourriture. Nos chefs voulaient faire de nous des surhommes et des héros. Le fonctionnement et la manipulation du fusil Mauser 1898 nous avaient été enseignés durant le RAD. Maintenant, c'était le Maschinen Pistole et surtout le MG 42 (Maschinen Gewehr 1942, fusil mitrailleur) que nous devions connaître par cœur. Chaque groupe de 12 soldats possédait 2 MG 42. Il y avait donc 2 Schütze n° 1 (2 mitrailleurs) et 2 Schütze n° 2. Le deuxième mitrailleur était celui qui, en plus de son fusil, sa pelle et son masque à gaz, portait deux caisses de munitions contenant quelques centaines de cartouches montées sur des bandes. A cela s'ajoutaient les cartouchières, deux grenades à main et un canon de rechange pour le MG. C'est un de ces postes qui me fut octroyé. En cas de défaillance du premier tireur, c'était le n° 2 qui devait prendre la relève. L'utilisation et la manipulation de cet engin, monté sur béquille, n'étaient pas faciles pour les gamins que nous étions. Nous n'avions ni la stature ni la force nécessaire pour maîtriser cette arme en action. La puissance de feu du MG42 était de 28 à 30 coups à la seconde et la puissance de recul était telle que dès les premiers coups tirés, la trajectoire déviait, ce que nos instructeurs n'appréciaient pas. Il ne fallait actionner la gâchette que quelques fractions de seconde. En théorie c'était plus facile qu'en pratique, mais surtout nous n'avions pas envie de bien faire...
Copyright Guy Frank 2005