1940, en revenant de Pornic
Dans le tram... Wintzenheim ! Mon cœur se serre. Voici enfin le moment que j'ai si ardemment désiré depuis plus de trois mois. La sourde appréhension qui m'étreint se dissipe peu à peu. Rien, en apparence, n'a bougé. Je reconnais ces pavés inégaux, terribles, qui font dire aux gens de Colmar qu'après Wintzenheim le monde s'arrête, tellement la traversée du village est difficile en raison du mauvais état de la route. Les caniveaux me rappellent les interminables parties de glissades que nous faisions, avant guerre, à la sortie de l'école, usant nos sabots au grand dam de mon père...
1942, en revenant du RAD
Un tram brinquebalant me conduit à Wintzenheim. Le paysage est celui d'il y a six mois. Plus aucune trace de francisation. L'Allemand est là, solide, quasi inébranlable. Ca risque de durer...
1943, retour de Russie, blessé
Le train commence à ralentir. Il n'y a pas de doute, c'est Colmar. Je reconnais sa petite banlieue... La place de la gare n'a pas changé. On croirait que le temps s'est arrêté ici depuis la dernière fois. Neuf mois plus tard, tout est identique. A présent il va falloir grimper sur ce maudit pont de la gare, car la halte du tramway, elle non plus, n'a pas changé : elle est toujours là-haut...
1946, après la démobilisation
Début février, je reçois, ainsi que mes camarades, les papiers de démobilisation. Mes parents étaient fous de joie de nous revoir tous deux, mon frère et moi. Incorporé de force lui aussi, il s'était évadé lors de la retraite des troupes allemandes en Italie et a été rapatrié en Juillet 1945. Dans le village, nous étions 13 "Malgré Nous" de la classe 1924. Quatre seulement sont revenus...
Source : Notes de lecture, Guy Frank, janvier 2003
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