Fête-Dieu : les autels fleuris de Burnhaupt-le-Haut   


(Extraits d'un article paru en 1999)

Le dimanche 6 juin , Burnhaupt-le-Haut va vivre une fête au village pas comme les autres. La Fête-Dieu se veut recueillement et rassemblement mais aussi convivialité.

En lançant son idée il y a trois ans, Christian Schulz de Burnhaupt-le-Haut, ne s'attendait pas à une telle réaction. Proposant de faire revivre la procession de la Fête-Dieu pour inviter les chrétiens à la ferveur et au recueillement, il a réveillé les passions.

Plus de 150 villageois de tous âges prennent une part active dans l'organisation de la cérémonie à l'église, l'installation de plusieurs autels dans le village. Des fidèles paroissiens ? Pas du tout ! « Je ne suis pas un ''Kirchgänger'' (grenouille de bénitier), dit Jean Wittmer, mais il faut que ça revive, comme dans le temps, quand les gens faisaient encore des choses ensemble ». Quand Christian Schulz a fait appel à lui pour sculpter un « petit livre » pour un des autels, il n'a pas dit non. Même si le livre en question s'est avéré être une oeuvre de plus de deux mètres de haut. 

PRÉSERVER LA VIE DU VILLAGE

Faire revivre le village, créer des liens entre les habitants pour « ne pas retrouver l'ambiance de la ville où chacun reste pour soi ». C'est la principale préoccupation des bénévoles, venant avant les raisons de ferveur religieuse. Depuis février, tous sont à pied d'œuvre pour que la Fête-Dieu puisse être célébrée avec l'éclat d'antan. Quatre autels, quatre quartiers, quatre responsables de groupe.« Ce n'est pas uniquement l'affaire des anciens ni des piliers d'église, précise Monique Kieffer.« Comme tous les autres, j'implique les jeunes pour qu'ils apprennent en quelque sorte le bénévolat. Sans bénévolat, nos villages se meurent.» Femme énergique, jamais à court d'idées, elle distribue les tâches d'office, fait appel aux bonnes volontés. 

 

UN TAPIS D'HERBES ET DE FLEURS

Les habitants se sont regroupés pour former « Renouons avec les traditions». Ils ne se contentent pas de décorer les autels de fleurs. « Nous avons réfléchi à un thème pour chacun, comme le pain de la vie ou encore la paix.» Chaque quartier est responsable de son reposoir et d'une partie du parcours qui sillonne le village sur 1 km 600. Un tapis fait d'herbe et de fleurs s'étire sur toute sa longueur, mène à chacun des autels temporaires parés avec faste. A chaque lampadaire, des bannières. Les riverains se sont piqués au jeu. Sans faire partie du groupe, ils aménagent des petits reposoirs dans leurs jardins avec des statuettes, des fleurs.

MARGUERITES ET MARC DE CAFÉ

Le cortège, emmené en musique par l'Harmonie de Burnhaupt et la chorale Saint-Boniface, passe à côté de prés peuplés d'animaux de la ferme. « Nous avons voulu souligner le caractère villageois de cette fête».

Des quantités invraisemblables de fleurs sont utilisées. « Tout le monde repère des prés ; un horticulteur de Hochstatt nous offre les fleurs qui n'ont pas été vendues le 5 juin. Et nous avons semé nous-mêmes un champ entier de marguerites.» Le samedi après-midi, les jeunes s'éparpillent dans les prés, remplissant leurs paniers de pétales. Des particuliers déposent des bassines remplies de fleurs de leurs jardins, sur les marches de l'église. D'autres donnent de l'argent pour permettre l'achat de fleurs manquantes. Pourtant, toute cette débauche de pétales printaniers ne suffit pas aux bénévoles. Pour apporter des touches de couleur supplémentaires, créer des reliefs, ils ont recours au système D. Dans des bassines en fer trouvées au marché aux puces, Monique fait ainsi sécher quelque 200 kg de marc de café récupéré dans le restaurant de sa nièce. « Comme il est tassé, il faut le casser et passer à travers un tamis. Quand il est bien sec, c'est une poudre toute fine.» Tellement fine que, dès l'aube du 6 juin, on peut voir Monique dans la rue pour épandre la poudre brune à l'aide de son arrosoir de jardin. 

 

EXPRESSION DE PRIÈRE

Tout est prévu dans les moindres détails. En liaison téléphonique avec l'église, les cloches carillonnent à chaque élévation de la monstrance. Seule donnée incertaine, la météo. L'an dernier, les bénévoles de « Renouons avec les traditions » ont failli s'arracher les cheveux, le vent faisant s'envoler les pétales délicats. Mais avant que des larmes de dépit ne coulent, le fameux système D avait aussi trouvé la solution : toutes ces dames sont rentrées chez elles, chercher leurs bombes de laque à cheveux. Quant aux messieurs, ils ont mélangé de la colle à tapisser. Cet investissement a tellement impressionné monsieur le curé, qu'il a demandé aux fidèles de ne pas marcher sur le tapis de fleurs, cette autre « expression de prière tout à fait personnelle». Le résultat est tellement beau qu'un visiteur a dit l'an dernier : « Nous n'avons plus besoin d'aller en Allemagne maintenant, c'est aussi beau chez nous!»

 

A 9 h 30, célébration eucharistique en l'église St Boniface de Burnhaupt-le-Haut ; 10 h 30, départ de la procession vers les quatre reposoirs à thème avec la participation de l'Harmonie de Burnhaupt et de la chorale St Boniface ; 18 h, Vêpres et Salut en l'église St Boniface. Les reposoirs resteront en place jusqu'à 19 h.

Source : Ursula DA GAI, L’Alsace du vendredi 4 juin 1999

Photos de Jacques Laporte, Burnhaupt-le-Haut 2002


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